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mercredi 3 novembre 2010

FDNY Lt. says fire service needs culture of extinguishment not safety

FDNY Lt. says fire service needs culture of 'extinguishment not safety'

In a hard-hitting address, Lt. McCormack criticized today's leadership, and said too much emphasis is being placed on firefighter safety.
Lt. McCormack said firefighters are being taught to place their safety above all else, and said the lives of civilians could be put at risk because of it.

Lorsque la culture de précaution (au sens galvaudé de ce terme) gagne même les professions, qui consistent, par nature à prendre des risques.

Notre rapport au risque a donc bien subi une véritable évolution sociétale. Nous n'acceptons plus les risques et il y a bien, comme le dit Ulrich Beck, l'émergence d'une véritable "société du risque".

Heureusement qu'il reste quelques sentinelles, qui, telles le lieutenant McCormack refusent cette évolution !

mardi 15 juin 2010

H1N1 : Pandémie grippale et ressenti des entreprises - un RETEX du HCFDC

Alors que l'on attend les résultats des débats du lundi 14 juin 2010 ("gestion des pandémies : H1N1, et si c’était à refaire ?"), il est utile de lire le RETEX ("Position Paper") établi par le HCFDC (Haut Comité Français pour la Défense Civile) sur "la gestion de la crise de la pandémie grippale dans les entreprises et le rapport de ces dernières avec l’Etat".
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On y apprend que les entreprises ont su être réactives, qu'elles ont profité de l'événement pour tester leurs plans de continuité d'activité (PCA), de les actualiser et surtout d'en mesurer l'utilité.
Toutefois, les entreprises ont un "sentiment mitigé" sur la gestion étatique de la pandémie et reprochent notamment à l'Etat un déficit de "lisibilité" et de "communication" : extraits :
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"Face à un dispositif ressenti comme mal adapté et souvent mal compris, tant dans la population, que dans les directions d’entreprises, la gestion de cette crise a généré des incompréhensions et interrogations face à une communication stratégique déficiente de l’Etat et au « non-dit » sur certaines mesures évoquées dans les plans (absence de visibilité et de critères sur les prises ou non prises de décisions).

"les contributeurs à ce rapport pensent que la faiblesse de la communication stratégique et de la planification avec la société civile sont les raisons majeures des difficultés rencontrées dans la gestion de cette crise « larvée », pourtant très fortement préparée par l’Etat."

dimanche 13 juin 2010

gestion de la pandémie H1N1 : et si c’était à refaire ?

Demain, Lundi 14 juin 2010, une "AUDITION PUBLIQUE OUVERTE À LA PRESSE" aura lieu à l'assemblée nationale sur le thème : "gestion des pandémies : H1N1, et si c’était à refaire ?"
Interviendront notamment :
  • M. François Heisbourg, conseiller spécial pour la fondation pour la recherche stratégique
  • M. Patrick Lagadec, directeur de recherche à l’Ecole Polytechnique, spécialiste du pilotage des crises hors cadre
  • M. Emmanuel Hirsch, professeur à l’Université Paris-Sud XI

Cette journée permettra de répondre qux questions suivantes :

  • Comment s’assurer de la fiabilité des informations disponibles ?
  • Comment croiser ces informations avec les plans pré-établis ?
  • Comment associer les citoyens aux décisions ?
  • Comment organiser l’action publique ?

Organisée par Jean-Pierre Door, député et Mme Marie-Christine Blandin, sénatrice, co-rapporteurs de l’étude de l’OPECST (OFFICE PARLEMENTAIRE D’ ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES) sur la mutation des virus et la gestion des pandémies cette journée "propose sous le thème « Et si c’était à refaire? » une réflexion sur la manière dont une telle crise sociétale pourrait être prévenue et gérée différemment en tenant compte des retours d’expérience et des variables entre degré de gravité estimé et constaté. La restauration de la confiance en l’expertise par des garanties d’indépendance fait partie du débat."

Le programme est disponible sur le site de l'assemblée nationale

rappel de mes billets précédents traitant de ces retours d'expérience sur la grippe A H1N1 :
RETOUR SUR LA GRIPPE A H1N1 : le "diktat" du principe de précaution

RETOUR SUR LA GRIPPE A H1N1 : audition de Roselyne Bachelot cet après-midi
RETEX GRIPPE A H1N1 : Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009RETEX GRIPPE A H1N1 : "un échec ou un non-succès, sur les raisons duquel il convient de s’interroger"
RETEX GRIPPE A H1N1 : un "échec à méditer"
RETEX GRIPPE A H1N1 : audition de la ministre et des laboratoires par le Sénat
RETEX GRIPPE A H1N1 : commission d'enquête parlementaire et OMS
commission d’enquête parlementaire sur la grippe A H1N1
RETEX sur la grippe A H1N1 : première contribution de Patrick LAGADEC
Grippe A H1N1 et Principe de précaution
Retour sur la grippe A H1N1 : sur-réaction ou sagesse mal comprise ?

mercredi 31 mars 2010

RETOUR SUR LA GRIPPE A H1N1 : le "diktat" du principe de précaution

"On a mis en place un processus excessif pour ne pas être en défaut".
C'est le "diktat du principe de précaution".
"il n'y a pas une once de bon sens dans les décisions".
Tels sont les mots très critiques employés par le député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde (Nouveau Centre) et président de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la grippe H1N1.
Les travaux de cette commission débutent aujourd'hui et devrait durer plusieurs mois. Comme je l'ai déjà relevé, une autre commission se tient au sénat sur le rôle des firmes pharmaceutiques. On peut regretter que les deux chembres n'aient pas uni leurs efforts pour mener ce retour d'expérience.
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Quoiqu'il en soit, et pour avoir le recul qui convient, je ne peux que vous recommander de lire sur lire sur La vie des idées : Le risque et la multitude - Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009. Je vous en ai déjà parlé dans un post précédent (RETEX GRIPPE A H1N1 : Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009 ) mais il est frappant de constater qu'au XVIIIème siècle déjà la population refusait de faire confiance aux élites et se comportait face au risque de manière irrationnelle. Ces retours historiques et les études sociologiques devraient permettre de meiux gérer ces événements à l'avenir...
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rappel de mes billets précédents traitant de ces retours d'expérience sur la grippe A H1N1 :

mercredi 17 mars 2010

RETEX GRIPPE A H1N1 : Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009

A lire sur La vie des idées : Le risque et la multitude - Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009 par Jean-Baptiste Fressoz (historien des sciences, des techniques et de l’environnement, actuellement en postdoc à l’université de Harvard. Sa thèse (EHESS/IUE), intitulée « La fin du monde par la science, innovations, risques et régulations de l’inoculation à la machine à vapeur, 1750-1850 », fera l’objet d’une publication aux éditions Gallimard en 2011).
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EXTRAITS :
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"On critique surtout la communication du gouvernement et son incapacité manifeste à convaincre de la nécessité de se faire vacciner. L’argument de cet article est différent : il consiste à dire que l’échec vaccinal de 2009 est, plus profondément, celui du risque en tant que technologie de conviction et celui de la communication en tant que forme politique.
[...]
Au XVIIIe siècle, la variole était une maladie universelle
Introduite en Angleterre dès les années 1720, l’inoculation demeure presque inconnue en France jusqu’en 1754, année [où] le géomètre et académicien Charles Marie de La Condamine lit à l’Académie des Sciences un mémoire en sa faveur. Le plus révolutionnaire dans ce mémoire réside dans la figure nouvelle créée par La Condamine : celle du géomètre directeur de conscience. Aux scrupules moraux des parents qui hésitent à inoculer leurs enfants, il oppose des théorèmes : « Le père doit-il exposer son fils volontairement ? » La Condamine répond : « Oui, et je le démontre »
Cette démonstration est fondée sur la comparaison des risques : le risque de mourir de la petite vérole naturelle au cours de sa vie est de 1 sur 9, le risque de mourir de l’inoculation est d’environ 1 sur 300. Tout individu raisonnable doit choisir de courir le moindre risque....
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POUR ALLER PLUS LOIN
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mes précédents billets sur le RETEX de la grippe A H1N1
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vendredi 19 février 2010

RETEX GRIPPE A H1N1 : "un échec ou un non-succès, sur les raisons duquel il convient de s’interroger"

Le site de l’Assemblée nationale vient de mettre en ligne le rapport fait par M. Jean-Luc Préel, député, sur la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1). Ce rapport est suivi par les débats de la commission des affaires sociales, qui ont eu lieu au cours de la séance du 16 février 2010.
Le débat et le vote à l’assemblée validant cette résolution ont été prévus pour le 24 février prochain.
De ce rapport et des débats, ressortent une fois encore :
  • le recours exorbitant au principe de précaution
  • la responsabilité des médias, qui ont entretenu à la fois des attitudes anxiogènes et de défiance
  • les doutes sur la pertinence objective des experts
  • le manque de pilotage de la crise, qui n'a pas permis d'en infléchir le processus.

Je vous mets ci-dessous quelques extraits :

EXTRAITS DU RAPPORT :
«
En France, la mise en œuvre du plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale a conduit à arrêter un volet « prise en charge », avec l’acquisition d’importants moyens de protection : un milliard de masques chirurgicaux destinés aux malades, plus de 900 millions de masques de protection de type FFP2 pour les personnes particulièrement exposées, notamment les professionnels de santé, et enfin 33 millions de traitements antiviraux
La campagne de vaccination a été officiellement lancée par la ministre de la santé et des sports le 20 octobre dernier
Près de 11 000 lieux de vaccination ont été mis en place sur le territoire afin d’assurer cette vaccination collective.
Le nombre de personnes vaccinées, environ 5,6 millions, est resté cependant relativement modéré, notamment en proportion du nombre de vaccins acquis. Se pose donc aujourd’hui la question de la gestion des stocks de vaccins non utilisés.»

EXTRAITS DU DEBAT
« Mme Marisol Touraine :
pour quelles raisons a-t-il été décidé de proposer la vaccination à l’ensemble de la population et non pas seulement aux populations à risque ?
Les experts qui ont été consultés étaient-ils indépendants ? Dans quelle mesure la transparence a–t-elle été assurée ? Pourquoi les médecins ainsi que la vaccination en milieu professionnel ont-ils été écartés du dispositif ?

M. le rapporteur (Jean-Luc Préel) :
après la déclaration de pandémie, peu de personnes ont été vaccinées, ce qui constitue un vrai problème de santé publique et un échec ou un non-succès, sur les raisons duquel il convient de s’interroger, en vue notamment de préparer un plan plus efficace en cas de nouvelle pandémie.

M. Jean-Pierre Door.
comme d’habitude en France, on discute stratégie alors que la guerre n’est pas terminée.
L’heure n’est pas au ton accusateur, ni à la recherche de boucs émissaires, mais plutôt à la réflexion sur la meilleure réponse face à une pandémie et à un virus imprévisible, dans le cadre du principe de précaution, qui nous oblige probablement à exagérer la menace de manière excessive.
La crise a mis en lumière quelques difficultés au niveau de l’opinion publique comme au niveau sociétal.
Les dysfonctionnements constatés ne concernent pas, à titre principal, les décisions appliquées à partir du plan national. Il s’agit surtout d’une crise de confiance de l’opinion publique et d’un déni de la réalité du risque. Il serait trop facile de pointer du doigt la seule responsabilité des autorités sanitaires.
Les évènements se sont succédés de manière très complexe
Évitons donc de faire le procès de la prudence et de faire grief au pouvoir politique d’en faire trop plutôt que pas assez.
Je pense que tout responsable en charge de la politique nationale de santé aurait réagi de la même façon, en appliquant le principe de précaution et en prenant soin de la protection de la population.

Mme Jacqueline Fraysse
tout le monde sait qu’il est impossible de prévoir l’évolution d’une pandémie ou de connaître la virulence d’un nouveau virus et personne ne saurait être accusée de ne pas savoir lire dans le marc de café
le champ de la commission d’enquête est trop restrictif et omet de poser diverses questions quant au défaut d’instruments de pilotage permettant de faire évoluer les dispositifs mis en place

M. Michel Issindou
Il y a eu trois acteurs dans cette crise : les experts, les médias et les décideurs politiques.
Le principe de précaution n’a-t-il pas rendu les politiques trop frileux vis-à-vis des experts?

POUR CONCLURE :

Le 17 février, Jean-Pierre Door (UMP), député, et Marie-Christine Blandin (Verts), sénatrice, ont présenté à l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) un rapport d'étape sur la mutation des virus et la gestion des pandémies (info récupérée sur WK Pharma)

Ils recommandent notamment l'élaboration d'un plan plus souple contre une pandémie grippale « modérée », prévoyant des mesures davantage proportionnées que le plan actuel, « trop rigide et conçu pour une situation extrême ». Il préconise aussi « d’envisager des phases intermédiaires entre les phases 5 et 6 [NdlR : phase d'alerte maximale], permettant des mesures davantage proportionnées et graduées ».Le rapport propose également la mise en place « d’un dialogue avec les professions de santé pour les associer à la définition des mesures du nouveau plan pandémie »

Dès que je l'aurai, je mettrai le lien vers ce rapport.

POUR ALLER PLUS LOIN

RAPPORT "Face à la grippe A(H1N1) et à la mutation des virus, que peuvent faire chercheurs et pouvoirs publics ? " (compte rendu de l’audition publique du 1er décembre 2009)

mes précédents billets sur le RETEX de la grippe A H1N1
RETEX GRIPPE A H1N1 : un "échec à méditer"
RETEX GRIPPE A H1N1 : audition de la ministre et des laboratoires par le Sénat
RETEX GRIPPE A H1N1 : commission d'enquête parlementaire et OMS
commission d’enquête parlementaire sur la grippe A H1N1
RETEX sur la grippe A H1N1 : première contribution de Patrick LAGADEC
Grippe A H1N1 et Principe de précaution
Retour sur la grippe A H1N1 : sur-réaction ou sagesse mal comprise ?

dimanche 7 février 2010

La peur des risques ou les paradoxes du principe de précaution

Patrick Peretti-Watel met en lumière les paradoxes d'une prévention devenue omniprésente et lance un "plaidoyer pour une démocratisation en profondeur".
Dans une interview publié aujourd'hui par « Sud Ouest Dimanche », Patrick Peretti-Watel, sociologue à l'INSERM, revient sur cette logique de "prévention [qui] envahit nos vies". Cet obnubilisme pour le risque zéro induit des comportements de méfiance et de lassitude de la part d'une population qui ne sait plus où donner de la précaution tant les risques et les les conseils de prudence draconiens sont partout.
EXTRAITS DE CETTE INTERVIEW :
"Le public a souvent l'impression que l'on en fait un peu trop et que les seuils de dangerosité sont fixés de plus en plus bas
lorsque l'on abaisse les seuils, c'est que l'on mesure assez mal la réalité du risque pour de faibles niveaux de consommation ; dans le doute, on préfère appliquer une forme de principe de précaution.
L'abaissement de ces seuils est à la fois technique et politique, mais il est aussi lié à ce que l'on appelle la loi de Ledermann : en incitant tout le monde à réduire sa consommation d'alcool, on espère réussir à diminuer le nombre de personnes qui en abusent.
C'est un des paradoxes de la prévention. Quand on abaisse les seuils, on fait baisser aussi la crédibilité de la prévention. On dit aux femmes enceintes qu'elles ne doivent absolument pas boire de l'alcool, mais tout le monde connaît des femmes qui en ont bu et qui n'ont eu aucun problème.
Au quotidien, nous sommes incapables de penser tous ces risques. Nous avons un rapport complexe au risque.
La gestion des risques industriels a longtemps été confisquée par les experts. Les choses ont évolué. Les riverains, les élus locaux y sont maintenant souvent associés. Dans le domaine des risques pour la santé, cette démocratisation n'a pas encore eu lieu. Nous avons de gros progrès à réaliser pour aller vers une forme de prévention plus délibérative et plus transparente."
Patrick Peretti-Watel vient de publier :
"Présentation de l'éditeur
La santé est devenue notre bien le plus précieux. Les recommandations qui saturent l'espace public viennent nous le rappeler quotidiennement: "fumer tue", "évitez de grignoter entre les repas", "lavez-vous les mains fréquemment", etc. Car, pour faire reculer le plus possible la maladie et la mort, il faut traquer le risque partout où il existe. La prévention des excès alimentaires, du tabagisme, de la consommation d'alcool et de drogues s'efforce d'atteindre cet idéal de sécurité totale. Mais la "mise en risque" du monde ne va pas sans dysfonctionnements. Le culte de la santé disqualifie ceux qui transgressent les conseils des experts. Il enserre les individus dans de nouveaux carcans moraux. Enfin, il est l'allié des industries agroalimentaires et pharmaceutiques, à qui il ouvre des marchés lucratifs. Conçue pour protéger les citoyens, les enfants, les personnes vulnérables, la prévention doit aujourd'hui être réinventée, sous peine de perdre son âme."

mardi 12 janvier 2010

Grippe A H1N1 et Principe de précaution



En complément de mon avant-dernier billet (Retour sur la grippe A H1N1 : sur-réaction ou sagesse mal comprise ? ), le site canal-académie vient de mettre en ligne l'émission intitulée "Comment fabrique-t-on une crise sanitaire... virtuelle ? : Derrière cette provocation se cache l’inquiétude du professeur André Aurengo. Peur du téléphone portable, de l’eau du robinet, du vaccin contre l’hépatite B..., ces questions souvent infondées finissent, sous la pression de l’opinion public, par enclencher un principe de précaution, et parfois des mesures gouvernementales qui au lieu de rassurer la population, l’inquiète : on lui cachait bien quelque chose. Faites le point sur les vraies et les fausses psychoses avec un médecin dont le discours est à contrecourant de bien des opinions à la mode."
Le site propose également de revenir sur le principe de précaution en lui consacrant un dossier qui regroupe plusieurs émissions :

Ceci afin de prendre en compte l'impact du principe de précaution et ses évolutions sociétales dans le RETEX qui sera consacré à la grippe A H1N1 et les choix faits par Roselyne Bachelot.

dimanche 10 janvier 2010

Retour sur la grippe A H1N1 : sur-réaction ou sagesse mal comprise ?

La gestion du risque sanitaire constitué par la grippe A H1N1 ne peut être analysée de manière exclusive sans prendre en compte quatre phénomènes qui justifient l’action du gouvernement :

- Les précédents au cours desquels l’Etat a été accusé d’incompétence criminelle : sang contaminé et canicule sont deux exemples emblématiques de l’attitude citoyenne qui ne pardonne aucune erreur à l’Etat ;
- Le principe de précaution, inscrit dans notre constitution et qui, selon la manière dont il est interprété, peut conduire aux décisions les plus excessives ;
- Le paradigme de la « société du risque » : bien décrit par Ulrich Beck, cette notion traduit une évolution sociétale majeure. De fait, notre société ne supporte plus de prendre le moindre risque et entretient à leur égard des rapports ambigus et passionnés.
- Les premières recommandations de l’OMS et l’incertitude sur l’évolution du virus plaidaient pour une vaccination préventive massive.

Dans ce contexte, la décision gouvernementale est moins sujette aux accusations caricaturales dont elle fait l’objet actuellement.

Ce qui doit cependant faire débat, c’est la manière dont le gouvernement a communiqué et la façon dont il a déresponsabilisé les citoyens.

Deux articles parus ce week-end dans Le Monde permettent d’y voir un peu plus clair. On y apprend notamment, que :
- « Ni les médecins généralistes, ni les parlementaires, ni les experts n'ont pas été impliqués alors qu’ils auraient pu recommander la vaccination, contrôler l'investissement de l'Etat et expliquer pourquoi l'OMS avait lancé un tel signal d'alarme.
- Cette campagne a été menée sur le mode militaire, selon une mobilisation à l'ancienne telle qu'on la concevait au temps de Pasteur : une guerre déclarée contre un virus clairement identifié comme l'ennemi dont il faut se débarrasser.
- Les choix faits par Roselyne Bachelot dans le cas du risque H1N1 supposent que la société veut se protéger au maximum, que le décès d'une seule personne devrait pouvoir être évité.
- Si vous êtes médecin, que vous voyez beaucoup de gens mourir et que vous relativisez les situations, vous ne donnez pas au principe de précaution la même interprétation… »

Ces deux articles sont des interviews de :
- François Ewald, spécialiste du principe de précaution,qui, dans « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace », revient sur l’usage parfois abusif qui est fait du principe de précaution.
- Frédéric Keck, anthropologue au CNRS et spécialiste des crises sanitaires, qui, dans "Lutte anti-grippe A - Un échec du catastrophisme", revient sur le fait que moins 10% de la population française ait accepté la vaccination.

Le mot de la fin revient à Frédéric Keck :
« Les enjeux réels de la vaccination, dont tous les experts s'accordaient à dire qu'elle était préférable, compte tenu de l'incertitude inhérente à la nouveauté de ce virus, n'ont pas été assez expliqués. On n'a pas assez fait valoir que se faire vacciner, c'était contribuer à limiter la propagation du virus dans la population humaine –autrement dit, faire acte d'écologie sociale. Du point de vue de la rationalité des experts, tout a parfaitement fonctionné; la seule chose qui a manqué, c'est la mobilisation des citoyens. C'est vraiment un échec de la participation, de la démocratie sanitaire. […] Entre la prévision d'une catastrophe complètement virtuelle et la vie quotidienne, faite de routine et d'habitude, il y a une rupture. Et pour combler cette rupture, il faut beaucoup de médiation et de pédagogie.»

Pour aller plus loin :
Grippe A (H1N1) : la gestion du "risque psychosociologique majeur" : article sur « ETATS DE CRISES », le blog de Christian Regouby;
Grippe H1N1 On se trompe de polémique : article sur « ETATS DE CRISES », le blog de Christian Regouby;
Aux risques d'innover - Les entreprises face au principe de précaution : présentation du livre dirigé par François EWALD (nov 2009à sur le site de l'Institut de l'entreprise