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mardi 27 octobre 2009

PANDEMIE : MARS versus ATHENA

Dans son article Mars ou Athena - Réflexions autour du livre Pandémie grippale - L’ordre de mobilisation, Patrick LAGADEC critique la part de gestion militaire (Mars) de la crise qui prend trop le pas sur la gestion citoyenne (Athena).
Cet article, paru le 5 septembre 2009 sur le site Espace éthique, est passé largement inaperçu mais pose cependant avec pertinence les enjeux de cette pandémie : certes la mobilisation de type militaire des moyens de l'Etat a été correctement engagée. Pour autant, la mobilisation citoyenne ne s'est pas faite parce que les citoyens n'ont pas été considérés comme acteurs de la réaction mais comme population à défendre. Une réflexion approfondie devra donc être conduite lorsque le temps du retour d'expérience viendra pour savoir comment, à l'avenir, mieux associer les citoyens à la défense de la cité, de leur cité.
EXTRAITS :
"Traditionnellement, dès qu’il est question de situation de désastre, les instances de décision plaident la nécessité de venir prendre en charge « nos populations » (pensées comme incapables de toute réaction), de remettre des cadres (supposés totalement anéantis), de contenir “panique” et désordres (tenus pour quasi inévitables et automatiques), de protéger l’ordre public (gravement menacé). Certes, l’accent est mis depuis deux ou trois décennies sur la nécessité de « communiquer » (beaucoup) et de consulter (un peu), mais si le niveau de gravité s’élève, les principes cardinaux sont rapidement de retour – « la force doit prévaloir sur le droit ». Athena est peut-être fort sympathique, mais elle doit laisser la place à Mars dès que l’on passe aux choses sérieuses.
Certes, il faut préparer des plans, des logiques d’intervention, des moyens, mais ne jamais penser que tout cela pourra se penser et se faire depuis des bureaux, des Q.G., à l’abri de leurs règles et de leurs secrets. A détruire la cohésion on ne génère que de l’incohérence. Certes, il faut faire montre d’autorité, mais c’est d’abord pour éviter que les conceptions traditionnelles de « perte de contrôle » et de « désordre », largement dramatisées par le discours médiatique automatique, ne conduisent à des inquiétudes extrêmes, à la mise en cause des responsables pour non assistance à populations en danger. Dans cette ligne, la première urgence est de faire comprendre qu’il est urgent de mobiliser totalement Athena, non de la mettre sous tutelle avant de la mettre aux fers si la mise au pas ne suffit pas.
Mars règle à l’avance les réponses, pour épargner à la Cité la difficulté des questions et des choix. Athéna convoque le citoyen pour lui faire connaître qu’il a devant lui des questions à ouvrir, à penser, à débattre, et à traiter : cette démarche qu’il lui faut engager est précisément ce qui donne sens et consistance à la Cité. Comme le dit Emmanuel Hirsch en introduction à l’ouvrage, la première urgence est bien une « urgence politique »

mercredi 2 septembre 2009

lecture de rentrée sur la grippe A H1N1 : Pandémie grippale - l'ordre de mobilisation

Pandémie grippale : l'ordre de mobilisation

Le site Espace éthique de l'AP-HP signale la parution demain d'un livre de 400 pages consacré à la manière de gérer la crise pandémique. La présentation complète de ce livre est disponible ici.
"La pandémie grippale A(H1N1) a surpris, en avril dernier, ceux qui s'y préparaient pourtant depuis des années. Aucun dispositif n'a permis de limiter l'extension du phénomène désormais planétaire. Il est vraiment urgent d'anticiper son impact si, dans les mois qui viennent, le virus déjouait les stratégies et générait un désastre sanitaire peu contrôlable. Les plans nationaux conçus pour assurer l'accès aux traitements et la continuité de la vie publique énoncent des dispositifs dont on ignore en pratique l'efficacité. Face à une menace imprévisible et dont on ne sait quelle en serait l'intensité, peut-on s'en remettre en toute confiance à des procédures dont la mise en œuvre dépendra pourtant directement de la motivation des personnes ? Aujourd'hui, qui peut affirmer sérieusement que notre société est prête à assumer des défis dont, en fait, elle ne sait rien de précis ? Qui est assuré que les solidarités seront plus fortes que l'individualisme du « sauve-qui-peut » ? Il est encore temps de créer les conditions d'une concertation publique qui permette de sensibiliser le corps social afin de le mobiliser. À eux seuls, les stocks d'antiviraux, de masques et les vaccins ne constituent qu'un aspect partiel des réponses exigées face à une menace pandémique. Confrontée à des choix difficiles, la société préservera-t-elle les valeurs de démocratie ou versera-t-elle dans l'état d'exception ? Selon quels critères les décisions seront-elles prises ? Quelles instances en assureront l'arbitrage lorsqu'elles auront pour conséquence la vie ou la mort de personnes ? Notre pays saura-t-il, en situation extrême, honorer la tradition des droits de l'homme et témoigner sa sollicitude à l'égard des plus vulnérables, notamment auprès des populations démunies de toute ressource thérapeutique ? Même si la menace pandémique s'estompait dans les prochains mois, il est important d'avoir le courage d'aborder dignement les questions de fond. À vouloir les éviter ou les évincer, l'irresponsabilité et l'indifférence gagnent sur la lucidité et l'esprit d'initiative. Il s'agit là d'une première défaite qui rend dès lors plus incertain encore l'engagement qui s'impose pourtant à tous. Ce livre est un acte politique : il se propose de contribuer dans l'urgence à l'indispensable débat public organisé dans les prochaines semaines. Associant les meilleures compétences, il présente des pistes de réflexions et des propositions nécessaires en temps de pandémie."
Bonne lecture, bonne rentrée !