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dimanche 26 décembre 2010

La société de la peur

L'éditorial d'Yves Thréard (Le Figaro , 10 décembre 2010) est resté largement inaperçu dans le vacarme médiatique, qui a fait de cet événement naturel un événement insupportable voire surnaturel.
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Pourtant, cet éditorial pointe bien les défaillances de notre société de la peur, société du risque, qui ne supporte plus ni l'imprévu, ni les dysfonctionnements.
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Au lieu de renforcer les solidarités, la culture de préparation et donc la résilience, l'événement a surtout attiser la défiance et la recherche de boucs émissaires.

Dans ce climat délétère, cet éditorial est salutaire, dommage qu'il n'ait rencontré que peu d'écho !

EXTRAITS :

«Ce n'était qu'une brève tempête de neige en décembre !
Comme il peut en survenir ce mois-là. Comme nous souhaitons en voir toujours, pour nous rappeler le rythme des saisons.
Ses conséquences ont pourtant suscité l'une de ces polémiques dont nous avons le secret. Aussi ridicule que symptomatique des tares dont souffre la France d'aujourd'hui.
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Sérieusement, y avait-il des raisons de se plaindre parce que les flocons tombaient plus dru que prévu ? Parce que, pendant 24 heures, la circulation automobile était rendue impossible en quelques endroits ? Parce que certains d'entre nous n'ont pas pu rentrer chez eux comme d'habitude ?
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Avons-nous à ce point perdu le sens de l'imprévu, du risque, de la vie ?
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Voudrions-nous qu'elle soit réglée comme du papier à musique ?
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Cet épisode est révélateur de nos peurs.
Incapables que nous sommes devenus de nous prendre en charge. Ce qui n'est pas le moindre des paradoxes, à l'heure où l'individualisme domine. Immédiatement, c'est la faute de l'État. L'État protecteur, dont nous ne cessons de nous défier, mais duquel nous exigeons tout. Du gouvernement, qui n'en fait jamais assez. Qu'il fasse trop chaud ou trop froid, il a tort, il est coupable.
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Apprenons à vivre autrement que dans cette société de l'instant, du zéro défaut.
Quelques-unes de nos peurs se dissperont alors. Peut-être.»

POUR ALLER PLUS LOIN :

Mes précédents billets traitant de la peur dans notre société :

mercredi 3 novembre 2010

FDNY Lt. says fire service needs culture of extinguishment not safety

FDNY Lt. says fire service needs culture of 'extinguishment not safety'

In a hard-hitting address, Lt. McCormack criticized today's leadership, and said too much emphasis is being placed on firefighter safety.
Lt. McCormack said firefighters are being taught to place their safety above all else, and said the lives of civilians could be put at risk because of it.

Lorsque la culture de précaution (au sens galvaudé de ce terme) gagne même les professions, qui consistent, par nature à prendre des risques.

Notre rapport au risque a donc bien subi une véritable évolution sociétale. Nous n'acceptons plus les risques et il y a bien, comme le dit Ulrich Beck, l'émergence d'une véritable "société du risque".

Heureusement qu'il reste quelques sentinelles, qui, telles le lieutenant McCormack refusent cette évolution !

dimanche 25 avril 2010

Principe de précaution : sous le brouillard du volcan...


L'événement généré par les poussières du volcan Eyjafjöll fait revenir le principe de précaution sur le devant de la scène. Fallait-il interdire aux avions de décoller ?
Au-delà des polémiques, il s'agit à travers trois événements récents (le volcan islandais, la tempête Xynthia, la grippe A H1N1) de discerner une tendance profonde de notre société : nous n'acceptons plus la fatalité. Dans nos modes de vie dominés par l'immédiateté, la vitesse et la satisfaction automatisée de nos besoins, la moindre défaillance d'un service devient intolérable. Au lieu de prendre les événements avec philosophie et de se rappeler que l'homme, malgré tout le savoir scientifique, ne pourra jamais supprimer totalement les risques qui l'entourent, l'opinion publique cherche des responsables, critique les excès du principe de précaution ; mais lorsque la catastrophe survient critique également le manque de prudence des décideurs.
Dans cette cacophonie, il est dommage que ni les philosophes ni l'éducation ne se fassent les porte-parole de la lenteur et du relativisme par rapport à ces événements.
Il est également dommage de constater un manque de solidarité flagrant lorsque la catastrophe survient. Dans le cas du volcan, les hôtels voisins des aéroports ont augmenté considérablement leurs tarifs, tirant parti de la faiblesse des voyageurs cloués au sol.
Il faut désormais que les notions de principe de précaution et de résilience ne soient pas seulement des mots à la mode mais des notions comprises et expliquées.

Dans ce cadre, et pour enrichir le débat, je vous conseille d'écouter une récente émission de Radio Notre-Dame : Principe de précaution, est-il prudent d’être prudent ? (21 avr. 2010). Cette émission regroupe

  • Bernard Gérard, directeur adjoint Conservatoire du Littoral
  • Michel Boyancé, directeur et doyen de l'IPC (Institut de Philosophie Comparée), professeur en éthique et politique
  • Xavier Guilhou, spécialiste de la prévention des risques, président de XAG Conseil (Prévention des risques, Gestion des crises, Intelligence stratégique)
Elle vous permettra d'acquérir certaines des grilles de lecture pour décrypter la gestion des risques actuels.
L'émission revient par exemple sur l'"erreur pédagogique" de qualifier, suite à Xynthia, certaines parcelles de "zones noires" ... et sur les difficultés pour certains décideurs à gérer les risques.
VOIR AUSSI :

samedi 17 avril 2010

Une nouvelle revue sur les risques : Riseo



La multiplication du nombre de revues francophones sur la gestion des risques est révélatrice d'une vraie tendance de fond : le risque et sa gestion sont sujets de préoccupations majeures de nos sociétés.
Mes lecteurs fidèles savent que c'est un de mes Leitmotiv, mais chaque jour ma conviction est renforcée.
La tempête Xynthia, le nuage de poussières volcaniques, l'invocation du principe de précaution et la prolixité des revues sur ce domaine, tout cela prouve que, avec quelques 10 années de retard sur les Anglo-saxons, nous nous inscrivons désormais dans une société du risque, qui est devenue un des schémas de penser dominant pour envisager les événements qui s'imposent à nous.
Dans ce cadre, la revue Riseo (RISques, Etudes et Observations) promet de nous aider à prendre du recul, de la distance et donc de l'intelligence !
Bienvenue à cette nouvelle revue, dont voici le sommaire :
Sommaire
Editorial, par Georges Wiederkehr, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur émérite de l’Université de Strasbourg, Doyen honoraire de la Faculté de Droit de Strasbourg
Qu’est-ce qu’un risque collectif ?, par David Melloni, Agrégé des Facultés de droit, Professeur de droit public à l’Université de Haute-Alsace et Membre du C.E.R.D.A.C.C.
Les financements de risques collectifs : l’exemple des fonds d’indemnisation et de garantie par Hervé Arbousset, Maître de conférences en droit public HDR à l’Université de Haute-Alsace Membre du C.E.R.D.A.C.C.
Les marges de manœuvre des maires face à l’application des Plans de Prévention du Risque Inondation par Johnny Douvinet (Maître de conférences en géographie, Université d’Avignon et des pays de l’Adour, Equipe d’Avignon U.M.R. C.N.R.S. 6012 ESPACE-Etude des Structures, des Processus d’Adaptation et des Changements de l’Espace) et Anne-Sophie Denolle (A.T.E.R. en droit à l’Université de Caen Basse-Normandie, Centre de Recherche sur les Droits Fondamentaux et sur les Evolutions du Droit)
Les documents cartographiques dans le cadre des PPRI : analyse critique par Nadia Dupont, Maître de conférences en géographie, Laboratoire COSTEL U.M.R. L.E.T.G. C.N.R.S. 6554, Université Rennes 2-Haute Bretagne
Le principe de précaution rend-il l’évaluation indispensable ? par Valentine Erné-Heintz, Maître de conférences en économie à l’Université de Haute-Alsace, membre du C.E.R.D.A.C.C.
Quelle place pour les sciences de l’antiquité dans une nouvelle culture du risque inondation ? par Philippe Leveau, Professeur émérite en Archéologie, Centre Camille Jullian, U.M.R. 6573, Université de Provence - C.N.R.S.
Territorialisation ou déterritorialisation du risque ? Analyse comparative et critique de la procédure de réalisation des P.P.R.N.P. par Brice Martin (Maître de conférences en géographie à l’Université de Haute-Alsace, Membre du C.R.E.S.A.T. EA3436), Romain Ansel, Ouarda Guerrouah et Lauriane With (Doctorants en géohistoire des risques, Membres du C.R.E.S.A.T. EA3436)
La mosaïque de l’assurance des risques collectifs par Bertrand Pauvert, Maître de conférences en droit (H.D.R.) à l’Université de Haute-Alsace, membre du C.E.R.D.A.C.C.
La responsabilité pénale d’un club sportif par Jean-Pierre Vial, Docteur en droit

mercredi 17 mars 2010

Peurs et catastrophisme : le retour du Moyen-âge ?

Grâce au blog de l'histoire j’ai découvert cet intéressant article de Jacques Le Goff, qui m’était resté inaperçu : « Nous ne sommes plus au Moyen Age » (Le Monde du 13 mars 2010)
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Dans cet article, l’historien s’insurge contre une résurgence des peurs et angoisses qui frappaient le Moyen-âge.
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EXTRAITS :
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« Le Moyen-âge présentait des manifestations d'irrationalisme tout à fait dépassées comme la peur du Diable, la peur de l'Antéchrist, ou la peur de la fin du monde.
Or je crois voir et entendre dans la plupart des médias une renaissance de ces côtés arriérés que je croyais disparus. L'écologie, la peur du réchauffement climatique engendrent des propos producteurs de transes et de cauchemars.
Les peurs qui sont ainsi suscitées d'une façon souvent irrationnelle ont pour conséquence certaine et vérifiée qu'elles frappent encore plus les populations à l'existence difficile et précaire [...]
l'excès dans la malédiction peut aller à l'encontre de son objet [...]
Il m'est souvent arrivé de m'insurger contre les personnes parfois éminentes qui disaient "nous ne sommes plus au Moyen Age". Aujourd'hui, face à ces transes, j'ai envie de dire moi aussi : nous ne sommes plus au Moyen Age. »
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POUR ALLER PLUS LOIN :
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lundi 8 mars 2010

Le rôle de l’historien face à la catastrophe

A lire dans le Magazine de la communication de crise et sensible (publié par l’Observatoire International des Crises® (OIC), www.communication-sensible.com), "Le rôle de l’historien face à la catastrophe, entretien avec François WALTER, historien, recueilli par Thierry Portal (auteur de « Crises et facteur humain : les nouvelles frontières mentales des
crises » – De Boeck Université, novembre 2009).
EXTRAITS :
"Remonter dans le passé peut aider à comprendre les soubassements culturels de l’idée même de catastrophe et son évolution vers l’idée du risque. Cette approche historique permet aussi d’isoler les peurs auxquelles celle-ci renvoie et explique, en grande partie, nos ‘civilisations du risque’ (Expression empruntée à Patrick LAGADEC, La Civilisation du risque : catastrophes technologiques et responsabilité sociale, Paris, Éditions du Seuil, 1981.)
Au XXe siècle, l’angoisse des deux guerres mondiales a éclipsé toutes les autres peurs, les condensant en quelque sorte sur le constat que l’homme lui-même était capable de déclencher l’apocalypse et de s’autodétruire. C’est un seuil dans l’échelle des craintes collectives. Jusqu’alors, les dangers étaient toujours ciblés et circonscrits géographiquement : une catastrophe naturelle touchait une région, une ville ; il était possible de désigner le responsable, au besoin de le stigmatiser dans des catégories désignées comme indésirables (les sorcières, les étrangers, les vagabonds, les juifs considérés comme les vecteurs des épidémies). Désormais, depuis Hiroshima, le danger est diffus et tout peut disparaître dans un cataclysme nucléaire (un holocide). Ce sentiment de peur globale est constitutif de notre époque. Nous sommes une « société du risque » (concepts popularisés par le sociologue allemand U. Beck. Voir Ulrich BECK, La Société du risque : sur la voie d’une autre modernité, trad. de l’allemand, Paris : Aubier, 2001.), que menacent globalement les virus émergents, le terrorisme susceptible de frapper partout, en attendant la catastrophe climatique annoncée, dont tout le monde parle mais dont le ‘management’ dépasse le rayon d’action du simple citoyen."
Pour en savoir plus :

dimanche 14 février 2010

Opération Mushtarak : guerre et "société du risque"

Alors que l’opération Mushtarak (en dari : ensemble, unité) se déroule dans la province d'Helmand en Afghanistan, il me paraît opportun de montrer comment la "société du risque" prend place dans les discours et pratiques militaires.
Le premier phénomène à prendre en compte par les décideurs, c'est que nos opinions, risquophobes, ne supportent plus la matérialisation des risques. Appliqué à la guerre, cela signifie qu'elles ne supportent plus les pertes au combat. Il faut donc les y préparer. C'est ce qu'a fait le ministre de la Défense britannique, comme nous le rapporte la BBC : "The defence secretary has warned of likely UK casualties as thousands of coalition troops prepare to launch a major offensive in Afghanistan."
Le ministre de la Défense, Bob Ainsworth, a ainsi déclaré :
  • que cette opération prendrait place dans un environnement dangereux et qu'elle ne pourrait pas se faire sans risque ("this is not a safe environment", " we cannot entirely make these operations risk-free")
  • qu'il fallait donc se préparer à avoir des pertes ("Of course casualties are something we have to come to expect when we're involved in these operations")
  • qu'il fallait donc s'extirper d'une culture risquophobe mais accepter les risques inhérents à la guerre ("We shouldn't deny or pretend to people that we can provide security and that casualties are not a very real risk on these kind of operations and people have to be prepared for that.")

C'est une évolution fondamentale, un changement culturel majeur, on est loin des théories du zéro risque et zéro mort qui ont conduit à des théories selon lesquelles l'usage de la force militaire pourrait être quasiment "aseptisé".

De son côté, le général James Cowan (qui commande la 11ème Brigade légère, unité majeure de la Task Force Helmand) a déclaré à ses hommes avant l'assaut :

  • que cette opération ne serait pas sans risque : "The next few days will not be without danger. To reduce the risks, you must know your enemy."
  • mais que ces risques devaient être acceptés et assumés, y compris pour réduire les pertes civiles : "Above all else protect the people. Defeat the enemy by avoiding civilian casualties. Hold your fire if there is risk to the innocent, even if this puts you in greater danger."

POUR ALLER PLUS LOIN :

Ainsworth warns of casualties in Operation Moshtarak

Operation Moshtarak begins

mercredi 13 janvier 2010

Notre société face aux risques : "fragilité et angoisse du chaos"


L'article AFP de ce jour ( Neige, froid: la France entre fragilité structurelle et angoisse du chaos ) consacré à l'épisode neigeux qui s'est abattu sur la France permet de revenir, à travers les propos d'experts sur l'impréparation de notre société face aux risques et crises. Il s'agit notamment de :

- la vulnérabilité des réseaux de transports ;
- le manque de préparation des populations ;
- les défauts d'une communication qui, au lieu de rassurer les usagers, amplifie leurs angoisse et désorientation.

Patrick Lagadec note finalement que : "Du côté des cadres de réponses aux situations d'urgence, on a une guerre de retard".

Afin de modérer ces points de vue d'experts, je reviendrai très prochainement sur une autre publication récente qui rejette le climat d'angoisse et d'insécurité sur les discours alarmistes des mêmes experts.

dimanche 10 janvier 2010

Retour sur la grippe A H1N1 : sur-réaction ou sagesse mal comprise ?

La gestion du risque sanitaire constitué par la grippe A H1N1 ne peut être analysée de manière exclusive sans prendre en compte quatre phénomènes qui justifient l’action du gouvernement :

- Les précédents au cours desquels l’Etat a été accusé d’incompétence criminelle : sang contaminé et canicule sont deux exemples emblématiques de l’attitude citoyenne qui ne pardonne aucune erreur à l’Etat ;
- Le principe de précaution, inscrit dans notre constitution et qui, selon la manière dont il est interprété, peut conduire aux décisions les plus excessives ;
- Le paradigme de la « société du risque » : bien décrit par Ulrich Beck, cette notion traduit une évolution sociétale majeure. De fait, notre société ne supporte plus de prendre le moindre risque et entretient à leur égard des rapports ambigus et passionnés.
- Les premières recommandations de l’OMS et l’incertitude sur l’évolution du virus plaidaient pour une vaccination préventive massive.

Dans ce contexte, la décision gouvernementale est moins sujette aux accusations caricaturales dont elle fait l’objet actuellement.

Ce qui doit cependant faire débat, c’est la manière dont le gouvernement a communiqué et la façon dont il a déresponsabilisé les citoyens.

Deux articles parus ce week-end dans Le Monde permettent d’y voir un peu plus clair. On y apprend notamment, que :
- « Ni les médecins généralistes, ni les parlementaires, ni les experts n'ont pas été impliqués alors qu’ils auraient pu recommander la vaccination, contrôler l'investissement de l'Etat et expliquer pourquoi l'OMS avait lancé un tel signal d'alarme.
- Cette campagne a été menée sur le mode militaire, selon une mobilisation à l'ancienne telle qu'on la concevait au temps de Pasteur : une guerre déclarée contre un virus clairement identifié comme l'ennemi dont il faut se débarrasser.
- Les choix faits par Roselyne Bachelot dans le cas du risque H1N1 supposent que la société veut se protéger au maximum, que le décès d'une seule personne devrait pouvoir être évité.
- Si vous êtes médecin, que vous voyez beaucoup de gens mourir et que vous relativisez les situations, vous ne donnez pas au principe de précaution la même interprétation… »

Ces deux articles sont des interviews de :
- François Ewald, spécialiste du principe de précaution,qui, dans « Le principe de précaution oblige à exagérer la menace », revient sur l’usage parfois abusif qui est fait du principe de précaution.
- Frédéric Keck, anthropologue au CNRS et spécialiste des crises sanitaires, qui, dans "Lutte anti-grippe A - Un échec du catastrophisme", revient sur le fait que moins 10% de la population française ait accepté la vaccination.

Le mot de la fin revient à Frédéric Keck :
« Les enjeux réels de la vaccination, dont tous les experts s'accordaient à dire qu'elle était préférable, compte tenu de l'incertitude inhérente à la nouveauté de ce virus, n'ont pas été assez expliqués. On n'a pas assez fait valoir que se faire vacciner, c'était contribuer à limiter la propagation du virus dans la population humaine –autrement dit, faire acte d'écologie sociale. Du point de vue de la rationalité des experts, tout a parfaitement fonctionné; la seule chose qui a manqué, c'est la mobilisation des citoyens. C'est vraiment un échec de la participation, de la démocratie sanitaire. […] Entre la prévision d'une catastrophe complètement virtuelle et la vie quotidienne, faite de routine et d'habitude, il y a une rupture. Et pour combler cette rupture, il faut beaucoup de médiation et de pédagogie.»

Pour aller plus loin :
Grippe A (H1N1) : la gestion du "risque psychosociologique majeur" : article sur « ETATS DE CRISES », le blog de Christian Regouby;
Grippe H1N1 On se trompe de polémique : article sur « ETATS DE CRISES », le blog de Christian Regouby;
Aux risques d'innover - Les entreprises face au principe de précaution : présentation du livre dirigé par François EWALD (nov 2009à sur le site de l'Institut de l'entreprise

dimanche 3 janvier 2010

Risques liés aux astéroïdes


En complément de mon précédent article ("GERER LES RISQUES D'ASTEROIDES PERCUTANT LA TERRE"), je vous invite à lire le récent article du Figaro : Gare aux astéroïdes «tueurs» !

On y apprend qu'Anatoli Perminov, le directeur de l'agence spatiale russe Roscosmos, a proposé d'associer la Nasa ainsi que les agences spatiales européenne (ESA), chinoise et celles d'autres pays pour envoyer des engins spatiaux vers les astéroïdes afin de dévier leurs trajectoires.

Le peu d'empressement de ces puissances à collaborer lors du sommet de Copenhague laisse cependant penser que cette coopération internationale dans la lutte contre les astéroïdes restera malheureusement du domaine de la science fiction...

dimanche 20 décembre 2009

GERER LES RISQUES D'ASTEROIDES PERCUTANT LA TERRE






Il faut lire l'excellent article paru hier dans Le Monde : Géocroiseurs, enjeu géostratégique


En 2029 et 2036, un astéroïde de 250 M de long frôlera la terre. Le risque d’impact avec la terre a été calculé par la NASA. Il est, au pire, de 1 / 250 000. En 2004, cette probabilité avait été évaluée à 2,7%...
Au-delà de la question d’évaluation du risque, la suppression des risques de collision d’astéroïdes sur la terre pose des problèmes diplomatiques et géopolitiques.
En cas de collision, le pouvoir de destruction des astéroïdes est estimé à plusieurs mégatonnes, soit plusieurs milliers de fois Hiroshima.
Un rapport de la NASA préconise d’utiliser l’arme nucléaire pour supprimer le danger. Une autre solution consiste à dévier l’astéroïde en envoyant un vaisseau à sa rencontre pour dévier sa course. Dans ce cas, on déplace la probabilité d’impact depuis la région Atlantique-Afrique vers la Russie.
En astronomie, les astéroïdes géocroiseurs sont des astéroïdes évoluant à proximité de la Terre. Pour les nommer on utilise souvent l'abréviation ECA, Earth-Crossing Asteroids, astéroïdes dont l'orbite croise celle de la Terre. Auparavant, la NASA ne s’intéressait qu’à ceux ayant un diamètre supérieur à 1 KM, mais depuis quelques années, tous les astéroïdes supérieurs à 140 KM sont pris en compte. Ce qui devrait multiplier les prévisions de probabilités de collisions.

Cet article très intéressant du Monde renvoie à des thèmes chers à la Société du risque d’Ulrich Beck :
  • Capacité de la science à tout prévoir, tout prévenir
  • Notions d’effet boomerang : ici, on fait transformerait un risque astronomique en risque géopolitique.

VOIR AUSSI :

Livre blanc de l'IAA sur la protection de la Terre contre les objets géocroiseurs dangereux (2009)
Présentation des méthodes destinées à écarter les objets géocroiseurs dangereux en ayant recours aux lanceurs de la NASA (2007)
Programme NeoDyS
Programme "Near Earth Object" de la NASA
Liste des géocroiseurs ordonnés par distance à la Terre

vendredi 13 novembre 2009

Vaccinations pandémie : scepticisme et confusions & débat sur l'identité nationale

Alors que les médias européens s'interrogent sur la réalité du risque ("Pandémie ? Quelle pandémie ?", "Pandemic? What flu pandemic?" titrait cette semaine le journal britannique The Independent), que les experts scientifiques ne s'accordent pas sur la fiabilité du vaccin ou du Tamiflu et que la population a le sentiment que les décideurs et experts ont surévalué les risques et surréagi,
quelques enseignements peuvent être tirés de cette crise :
- le manque de cohésion nationale face aux crises. Cette absence d'unité nationale face à un enjeu en dit long sur notre faible résilience face aux risques majeurs...

- notre "société du risque" réagit selon les schémas présentés par Ulrich Beck : défiance par rapport aux données scientifiques, angoisses et remise en cause systématique des discours provenant des experts

- au moment où l'on redéfinit l'identité nationale (et je me répète, cf Débat sur l'identité nationale : quelle utilité ? ), il est impératif de savoir pourquoi il faut être unis face à l'adversité et de s'interroger sur les manières de créer cette communauté d'esprit national.

Pour aller plus loin :

dimanche 8 novembre 2009

Débat sur l'identité nationale : quelle utilité ?

Je n'ai pas réussi à trouver dans les participations au grand débat sur l'identité nationale des écrits se positionnant sur la nécessité stratégique de retrouver une identité nationale. (je suis preneur de ce que vous auriez d'ailleurs pu lire sur ce thème).
Pour ma part, la nation doit être considérée comme un acteur stratégique (on nous répète suffisamment que les guerres se gagnent avec l'opinion publique).
Pour que cet acteur stratégique soit robuste, fiable et donc source de puissance, il faut lui donner corps et esprit, développer ce que les militaires nomment l'"esprit de corps", créer les conditions de cohésion autour d'idéaux communs.
De la qualité de cette identité commune dépendent véritablement la solidarité et la résilience de la nation face à toute catastrophe, guerre ou action terroriste.
Donc face aux risques.
Dans notre "société du risque", tout se passe comme si nos élites n'avaient que peu confiance dans la force à les suivre de la société qu'ils dirigent. Se méfiant de la faible ou inadéquate réaction de leur concitoyens, ils exagèrent le niveau des menaces, sur-réagissent et au final en traitant les risques de manière disproportionnée créent des effets induits dont les conséquences sont pires que le premier risque auquel ils devaient faire face.
Redéfinir notre identité nationale doit être compris dans une logique d'efficacité stratégique. Il y a là un véritable défi. La société du risque est véritablement une donnée de notre époque qui se manifeste par la peur de l'avenir, l'incertitude, la fébrilité et la sur-réaction. Redéfinir l'identité nationale, c'est resserrer les liens entre entre citoyens mais aussi entre le peuple et ses élites. C'est restaurer les conditions de la confiance réciproque seule à même de permettre, le jour J, les capacités de résilience.
Frank Furedi, sociologue britannique auteur de "invitation to terror" et "culture of fear" l'a très bien vu.
What is striking about the threat assessments made by political leaders is the lack of confidence they have in the resilience of their own institutions and people. (Franck Furedi, Invitation to terror, p.12)
We can now make sense of the prevailing mood of elite alarmism towards the threat of terrorism. Unable to offer a meaningful account of its own way of life, and insecure about its own authority, it cannot help but overreact to the challenge it faces. Through insecure musings about existential threats and a war without an end it expresses its worst fears about the transience of its own authority. Its reaction to the risk of terrorism may be disproportionate and likely to intensify problems.” (Franck Furedi, Invitation to terror, p.168)

lundi 7 septembre 2009

AFGHANISTAN : CATASTROPHE EXAGEREE ?

Afin de modérer le modérer le battage médiatique de ce week-end sur l'Afghanistan et les qualifications exagérées de catastrophe intolérable nécessitant de remettre en cause la présence des forces occidentales là-bas, il aurait convenu que les informations délivrées par J-D M sur son blog soit plus reprises, à savoir :
"En Afghanistan, la frappe aérienne a causé la mort 54 personnes, parmi lesquelles figuraient 6 civils, dont un enfant, a déclaré à l'AFP le gouverneur de la province, Mohammad Omar. Parmi les morts, "48 hommes ont été identifiés comme armés, tandis que le reste était des civils". omme toujours, ces chiffres doivent être pris avec précaution, mais ils minorent sérieusement l'accusation initiale de 90 morts, dont de nombreux civils.
Voir son Post intégral ici.
Une fois encore, dans notre société du risque, risk-averse et prompte à sur-réagir sans se démentir par la suite, on voit bien quelle conséquences peuvent avoir les fébrilités médiatiques jusque dans la conduite de la guerre.
C'est certainement ce qui caractérise le plus les guerres actuelles : elles se déroulent dans une société post-moderne qui est celle du risque et qui impacte considérablement la manière de les conduire.
J'y reviendrai très prochainement.

dimanche 31 mai 2009

LA GUERRE EST DECLAREE CONTRE LA GRIPPE A

L’article du Journal du Dimanche (« Le plan secret contre la grippe A », 30 Mai 2009) appelle plusieurs commentaires. Résumons d’abord son propos :
Pour faire face au retour du virus à l’automne, l’Etat se prépare à appliquer la vaccination obligatoire de tous les Français. 100 millions de doses seraient donc achetées. Pour un coût d’environ 1 milliard d’euros. L’Etat tire les enseignements de la grippe Espagnole de 1918 (« la grippe espagnole avait marqué le pas au printemps avant de revenir à l'automne, tuant 40 millions de personnes ») et surtout des « traumatismes laissés par plusieurs crises sanitaires successives, du sang contaminé à la canicule en passant par la vache folle, [qui] ont rendu les politiques d'une très grande prudence ».

Commentaires :
Pour l’instant, la grippe A aurait fait 100 morts, 15 000 malades. Ce qui, comparé aux 300 000 morts annuels dus à la grippe « normale », reste à relativiser (voir sur le site de l’OMS : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs211/fr/index.html ).
Si un tel « plan de bataille » se met en place, on risque de développer dans la population le sentiment que c’est à l’Etat de tout faire et que, puisque le vaccin existe il ne se passera rien.
Mais, si le virus mute encore en une forme rétive au vaccin, comment l’Etat l’expliquera-t-il ?
C’est exactement le même schéma qui se met en place que celui concernant les dispositifs d’indemnisations suite aux inondations : pourquoi le citoyen ferait acte de prudence puisque l’Etat sera toujours là ? (cf mon post : http://gestiondesrisquesetcrises.blogspot.com/2009/05/letat-face-la-gestion-des-risques.html ).
Au regard du droit, peut-on obliger tout le monde à se faire vacciner ?
Certains termes utilisés dans l’article sont caractéristiques des excès de triomphalisme générateurs de défaites lorsque la crise survient (ceci est parfaitement décrit par Patrick Lagadec, voir par exemple mon post sur Three Mile Island : http://gestiondesrisquesetcrises.blogspot.com/2009/03/laccident-de-three-mile-island.html). Ainsi peut-on lire : « plan de bataille ; pied de guerre ; nous serons prêts ; nous avons mis en place un groupe d'experts ; nous étions déjà les mieux préparés à une pandémie de grippe aviaire ; la France a une tradition centralisatrice qui facilite la mise en place d'un système de prévention efficace ».
Mais que se passera-t-il si la guerre ne se déroule pas selon le plan prévu ou si, comme le dirait Patrick Lagadec, « la crise passe par les Ardennes ».
D’autre part, l’Etat prévoit de communiquer pour préparer la vaccination automnale. Peut-on raisonnablement espérer que la population sera réceptive à ce sujet en plein été ?
En définitive, les débats sur la pandémie grippale sont caractéristiques de la Société du risque décrite par Ulrich Beck, notamment quant à la sensibilité exacerbée face aux risques. Prenons garde qu’une confiance excessive et un recours passif à l’Etat ne soit pas générateurs d’effets boomerang, quand la crise non prévue surviendra.
Cette préparation sérieuse face au retour de la grippe A a donc le mérite d’exister, mais l’éducation du citoyen, premier acteur de la crise, doit demeurer le principal objectif avant même d’avoir les meilleurs experts en la matière.

L’article du JDD : http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200922/le-plan-secret-contre-la-grippe-a_213201.html

mardi 26 mai 2009

La Société du risque sur canal-U TV

La Société du risque sur canal-U TV

Pour en savoir plus sur les théories d’Ulrich Beck et tout ce qui concerne la société du risque, je vous recommande ces deux émissions réalisées par canal-U TV :

La Société du risque. Risque et Politique
En 1986, le sociologue allemand, Ulrich Beck publie un livre sur la " société du risque " et remporte un grand succès. Son livre n'est pas un manifeste écologique, ni une dénonciation de la multiplication des risques technologiques caractérisant la société contemporaine, mais plutôt une interrogation sur les caractéristiques d'une société considérant tous ses problèmes comme des risques, faisant du risque le principe de ses valeurs. Ainsi Ulrich Beck montre que la question du risque est au cœur de la politique moderne. Le risque est au cœur du contrat de solidarité qui représente la forme du contrat social pour le XXe siècle industrialisé. Il est aujourd'hui au centre d'un débat en raison même de la transformation dans la nature des risques sociaux : maladie, retraite, chômage. D'où la recherche de formes de protections alternatives qui caractériseront sans doute le XXIe siècle. Une autre forme de politisation par le risque est apparue dans les années 1970 avec la montée de la conscience écologique. Les grands risques technologiques (le nucléaire en particulier), les catastrophes industrielles, les interrogations sur les évolutions du climat, la montée des risques sanitaires (transfusion sanguine), alimentation (vache folle) ont conduit les États à définir une nouvelle politique du risque liée à la notion de " principe de précaution ". Elle porte sans doute avec elle la naissance d'une nouvelle organisation de l'État dans ses fonctions de sécurité. En son cœur, à la fois la question du savoir - à travers le problème de l'expertise - dans les procédures qui conduisent à décider que tel ou tel risque est acceptable.

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La société du risque ?
Pour de nombreux théoriciens, comme pour la presse, le risque constitue une alternative plausible aux labels globalisants évoqués jusqu’ici (société des individus, société postmoderne). La publication par le sociologue allemand Ulrich Beck, d’un livre majeur a renforcé ce qui se dessinait déjà comme une tendance forte, congruente avec de nombreuses théories disponibles et nettement en prise avec l’actualité passée ou présente. On a donc de plus en plus parlé de « société du risque », même si tout le monde ne donne pas le même sens à l’expression. La caractéristique centrale de cette constellation, tous travaux confondus, c’est la tension entre trois éléments : a/ la perception et la représentation, par tout un chacun, de la vie comme risquée, b/ la construction de dispositifs experts de traitement sociétal du risque (ce qu’on appelle la « gestion des risques ») et c/ l’effet inducteur de risques résultant des deux éléments précédents (un processus de « risquification »). Autrement dit, chacun de ces éléments met les autres en question : les spécialistes du risque critiquent l’incohérence des perceptions ordinaires du risque, les contre-experts discutent la validité du type de rationalité « risquolâtre » des experts, et ainsi de suite. Nous allons examiner les prétentions de cette appellation à rendre compte de la société du siècle nouveau en analysant aussi bien les rapports entre savoir ordinaire du risque et savoir savant, que les luttes pour le monopole de la définition savante du risque.