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dimanche 17 janvier 2010

RETEX sur la grippe A H1N1 : première contribution de Patrick LAGADEC

Dans "LA DRÔLE DE GRIPPE" Pandémie grippale 2009 : essai de cadrage et de suivi (Cahier de recherche n° 2010-03, Département d'Economie, Ecole Polytechnique, janvier 2010) Patrick LAGADEC apporte ses premiers éléments de réflexions pour servir au futur RETEX de ce événement.
Comme je le disais dans mon billet du 15 janvier 2010, une commission d’enquête parlementaire sur la grippe A H1N1 devrait bientôt voir le jour.
Peut-être s'appuiera-t-elle en partie sur les travaux de Patrick LAGADEC. Toujours est-il, que cette contribution (sur laquelle nous reviendrons) appelle, en première approche, les commentaires suivants :
  • Patrick LAGADEC stigmatise un mode de pensée militaire (les métaphores militaires, à commencer par le titre - "La Drôle de grippe" - abondent), qui en serait rester à des schémas simples voire simplistes : "La machinerie commence à s’ouvrir aux réalités d’une société devenue complexe, qui ne peut plus être régentée à partir d’un GQG militaire, digne de 1870 ou de 1914, d’où partiraient des ordres pour exécution sur la ligne de front." Lagadec va parfois jusqu'à réfuter la capacité des militaires à gérer ce type de crise ("Dans le sillage de Katrina, aux Etats-Unis, l’exécutif mit en avant l’importance nouvelle à donner aux autorités militaires en cas de situation intérieure gravissime. Les chercheurs se sont insurgés, soulignant les dangers d’une telle perspective. Ainsi Kathleen J. Tierney pointa le risque d’une militarisation du domaine des crises ... - p44). Cette vision du monde militaire à la hiérarchie sclérosante et productrice de pensée unique semble excessive, voire injuste, car les militaires (et encore plus dans leurs engagements récents) ont appris à se confronter à l'impensable et à réagir avec des méthodes inédites.
  • Patrick LAGADEC livre des éléments de terrain précieux jusqu'à ce témoignage d'un acteur militaire qui livre cette confession : "Je fais des expériences de méthode de travail pour éviter que le délégué de zone ne vienne défaire systématiquement ce que les équipes proposent de mettre en place au niveau local. Je crois que je ne suis pas fait pour la fonction militaire. » (p.84)
Pour aller plus loin :
- mes billets sur

- les billets de SD sur son blog "Pour convaincre, la vérité ne peut suffire", traitant de la grippe

vendredi 15 janvier 2010

commission d’enquête parlementaire sur la grippe A H1N1

"ce qui n’a pas fonctionné doit nous servir
à préparer un plan réellement opérationnel, efficace et réaliste
pour le jour où nous serons confrontés à une pandémie plus grave"

Une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination de la grippe A (H1N1) vient d'être déposée à l'assemblée nationale.

Constatant que
  • "la France s’est montrée clairement en difficulté dans ce dossier"
  • "notre pays fait partie de ceux qui ont le taux de vaccination le plus faible, malgré les moyens très importants engagés"
  • "Au moment de la grippe aviaire, des plans avaient été établis pour éviter le risque d’une pandémie. Ces plans n’ont vraisemblablement pas été suivis ou bien étaient inadaptés."
cette résolution propose :
  • "un véritable travail d’analyse, transparent, public et contradictoire
  • afin de comprendre les dysfonctionnements du plan de vaccination et les améliorations à lui apporter."
cette commission d’enquête devra répondre à de nombreuses questions dont :
– " Comment communiquer mieux sans générer le trouble dans les esprits ?"
– " Comment réaliser des vaccinations de masse ?"
– " Pourquoi et comment d’autres pays occidentaux ont-ils réussi à vacciner plus de patients que nous ?"
Cette proposition de résolution a été présentée par 6 députés du Nouveau Centre :
  • Jean-Christophe LAGARDE
  • Jean-Luc PRÉEL
  • Maurice LEROY
  • Jean DIONIS du SÉJOUR
  • Jean-Pierre ABELIN
  • Colette LE MOAL.

samedi 28 novembre 2009

le problème sécuritaire de la pandémie vu par SD

SD a (toujours) raison !
Dans un billet que j'aurais aimé écrire, SD note que nous sommes en train de passer d'un risque sanitaire à un risque sécuritaire.
Je cite certains extraits mais ne peux que vous recommander la lecture complète de ce billet (ainsi que ceux présents sur le blog de SD : Pour convaincre, la vérité ne peut suffire) :
"La pandémie H1N1 n'est pas qu'un problème de santé publique mais bien celui de l'ensemble de la nation, avec des implications sécuritaires. Le 26 novembre dernier, la police est intervenue pour calmer la population dans un centre de vaccination.
Tout cela pose la question de la résilience réelle de la population française que j'estime peu élevée face à des catastrophes naturelles ou des pandémies. Peu de morts et déjà des paniques collectives et des comportements égoïstes à grande échelle !
Cela pose la question de la culture du risque dans notre société.
l'heure n'est pas aux réponses mais à l'action et au civisme."
A ce billet de SD, je rajouterai que :
- malgré des plans bien préparés, les personnels des grands corps sécuritaires de l'Etat sont loin d'être tous vaccinés. Si tout le monde doit être sur le pont le jour J, pourquoi la vaccination de tous les policiers, gendarmes, pompiers, militaires, médecins, ... n'est-elle pas obligatoire ?
- cette crise sanitaire et la manière dont les citoyens réagissent doit nous inciter à redéfinir l'identité nationale au prisme de la défense face aux risques multiples auxquels nous serons confrontés. Dès lors, la notion d'esprit de défense est fondamentale. Elle ne fait pourtant l'objet d'aucune contribution sur le site internet de débat sur l'identité nationale.
Voir également :

mardi 27 octobre 2009

PANDEMIE : MARS versus ATHENA

Dans son article Mars ou Athena - Réflexions autour du livre Pandémie grippale - L’ordre de mobilisation, Patrick LAGADEC critique la part de gestion militaire (Mars) de la crise qui prend trop le pas sur la gestion citoyenne (Athena).
Cet article, paru le 5 septembre 2009 sur le site Espace éthique, est passé largement inaperçu mais pose cependant avec pertinence les enjeux de cette pandémie : certes la mobilisation de type militaire des moyens de l'Etat a été correctement engagée. Pour autant, la mobilisation citoyenne ne s'est pas faite parce que les citoyens n'ont pas été considérés comme acteurs de la réaction mais comme population à défendre. Une réflexion approfondie devra donc être conduite lorsque le temps du retour d'expérience viendra pour savoir comment, à l'avenir, mieux associer les citoyens à la défense de la cité, de leur cité.
EXTRAITS :
"Traditionnellement, dès qu’il est question de situation de désastre, les instances de décision plaident la nécessité de venir prendre en charge « nos populations » (pensées comme incapables de toute réaction), de remettre des cadres (supposés totalement anéantis), de contenir “panique” et désordres (tenus pour quasi inévitables et automatiques), de protéger l’ordre public (gravement menacé). Certes, l’accent est mis depuis deux ou trois décennies sur la nécessité de « communiquer » (beaucoup) et de consulter (un peu), mais si le niveau de gravité s’élève, les principes cardinaux sont rapidement de retour – « la force doit prévaloir sur le droit ». Athena est peut-être fort sympathique, mais elle doit laisser la place à Mars dès que l’on passe aux choses sérieuses.
Certes, il faut préparer des plans, des logiques d’intervention, des moyens, mais ne jamais penser que tout cela pourra se penser et se faire depuis des bureaux, des Q.G., à l’abri de leurs règles et de leurs secrets. A détruire la cohésion on ne génère que de l’incohérence. Certes, il faut faire montre d’autorité, mais c’est d’abord pour éviter que les conceptions traditionnelles de « perte de contrôle » et de « désordre », largement dramatisées par le discours médiatique automatique, ne conduisent à des inquiétudes extrêmes, à la mise en cause des responsables pour non assistance à populations en danger. Dans cette ligne, la première urgence est de faire comprendre qu’il est urgent de mobiliser totalement Athena, non de la mettre sous tutelle avant de la mettre aux fers si la mise au pas ne suffit pas.
Mars règle à l’avance les réponses, pour épargner à la Cité la difficulté des questions et des choix. Athéna convoque le citoyen pour lui faire connaître qu’il a devant lui des questions à ouvrir, à penser, à débattre, et à traiter : cette démarche qu’il lui faut engager est précisément ce qui donne sens et consistance à la Cité. Comme le dit Emmanuel Hirsch en introduction à l’ouvrage, la première urgence est bien une « urgence politique »

jeudi 15 octobre 2009

un sous-officier de l'armée américaine décède de la grippe A H1N1

A lire sur le blog The Tension : un sous-officier de l'armée de l'air US est décédé le 4 octobre 2009 des suites de complications médicales après avoir contracté le virus de la grippe A H1N1.
A l'heure où le format des armées est de plus en plus réduit, ce décès pose la question d'une vaccination prioritaire de certains corps essentiels à la survie de l'Etat : les professionnels de santé, les secours d'urgence, les forces de police et les armées, notamment.
Peu d'articles paru dans la presse à grande audience ce sont intéressés à cet épineux problème éthique : pour la survie de la cité, qui doit-être prioritaire ?
Autre question à résoudre : si la pandémie frappe de plein fouet le pays, les missions de Défense à l'étranger (opérations extérieures) doivent-elles être maintenues ?
Le plan gouvernemental pandémie semble avoir tranché puisqu'il énonce dans le chapitre "Priorités particulières" relatives à la Défense :
"missions de continuité de l’action gouvernementale pour la préservation des fonctions militaires stratégiques ; missions de coopération civilo-militaire dans les domaines de la continuité gouvernementale, de la contribution à la sécurité et de l’assistance à lapopulation."
Rappel du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale (paru en 2008) :
"La protection et l’intervention doivent permettre à l’État, la première, d’assurer sur le territoire national la sécurité des citoyens, de la société et de la vie économique, la seconde, de donner à la sécurité nationale, en étroite coordination avec nos partenaires européens et nos Alliés, la profondeur, la capacité d’adaptation et la mobilité nécessaires à toute stratégie de défense dans le monde du XXIe siècle."
Pour assurer cette préservation de la fonction "intervention", les militaires en opérations extérieures seraient vraissemblablement maintenus sur leur théâtre d'opération, tandis qu'une capacité d'intervention face à d'autres crises extérieures serait également préservée et ajustée selon la situation nationale, comme le déclare le plan pandémie en page 83 :
"Le ministre de la défense concourt à la préparation du dispositif national et prend toutes mesures nécessaires pour préserver les fonctions militaires stratégiques et, en situation de pandémie, pour permettre le concours des armées aux missions de défense civile dans la limite des effectifs rendus disponibles par le fonctionnement en mode dégradé du ministère et l’attrition due à la pandémie."