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jeudi 10 juin 2010

Revue KRISIS : 2 numéros consacrés au phénomène guerre



Repris de http://www.theatrum-belli.com/ : Revue KRISIS : 2 numéros consacrés au phénomène guerre

Au sommaire du N°33 de Krisis :
La Guerre (1)• Jean Haudry / La guerre dans le monde indo-européen préhistorique. • Alain de Benoist / Le héros et les « péchés du guerrier ». • Jean-François Gautier / « Polemos » ou de la nature des choses. • Alain de Benoist / Violence sacrée, guerre et monothéisme. • Yann le Bohec / L’effondrement militaire de l’empire romain. • Document – Ludwig Gumplowicz / La guerre relève de la « lutte universelle » (1883). • Document – Gaston Bouthoul / La guerre ne relève pas de la « lutte universelle » (1951). • Jean-Jacques Langendorf / Les apologistes de la guerre. • Julien Freund / Aperçus sociologiques sur le conflit. • Gabrielle Slomp / Cinq arguments de Carl Schmitt contre l’idée de « guerre juste ». • Stefano Pietropaoli / Définir le Mal. Guerre d’agression et droit international. • Philippe Forget / Liens de lutte et réseaux de guerre. • Bruno Drweski / La guerre de classe a-t-elle disparu ? • Costanzo Preve / La lutte des classes : une guerre des classes ? • Francis Cousin / Contre les guerres de l’avoir : la guerre de l’Etre. • Le texte – Carl von Clausewitz : Grandeurs morales et vertu militaire.
Au sommaire du N°34 de Krisis :
La Guerre (2)• Hervé Coutau-Bégarie / A quoi sert la guerre ? • Bruno Colson / Les historiens et la guerre. • Massimiliano Guareschi et Maurizio Guerri / La métamorphose du guerrier. • Laurent Henninger / Révolution militaire et naissance de la modernité. • Alexandre Franco de Sá / De la guerre des Etats à la guerre des étoiles. • Jure Vujic / Vers une nouvelle « epistémè » des guerres contemporaines. • Entretien avec Martin van Creveld / « Seuls les morts connaissent la fin de la guerre ». • Jean-Jacques Langendorf / Le laboratoire militaire prussien (1814-1914). • André Bach / Etats-Majors allemands et français de la Grande Guerre : de grandes différences culturelles. • Jean-François Gautier / Qu’est-ce qu’un officier ? • Entretien avec Christian Malis / Raymond Aron et le débat stratégique français. • Michel Goya / Dévolution dans les affaires militaires. • Alain de Benoist / Le retour de la France dans l’OTAN. Une analyse sur le vif (2009). • Entretien avec Yves-Marie Laulan / Le retour de la France dans l’OTAN. Une mise en perspective. • Georges-Henri Bricet des Vallons / Privatisation et mercenarisation de la guerre. La révolution de la « génétique » des forces armées américaines. • Jean-Claude Paye / Un épisode la « guerre contre le terrorisme » : les échanges financiers sous surveillance impériale. • Jacques Marlaud / De l’expérience intérieure au robot de guerre. Survol de l’Occident militaire. • Yves Branca / La quatrième guerre mondiale selon Costanzo Preve. • Le texte – Johann Friedrich Constantin von Lossau : Que l’histoire est nécessaire à la profession des armes.

mardi 2 mars 2010

Pourquoi je ne crois pas à la guerre low cost

Publié sur AGS, le 21 février 2010 :

En tant que gestionnaire des risques, je ne pouvais pas laisser passer ce débat sans y apporter la vision issue du monde de la gestion des risques.
Le constat est sans appel, et le blog Pour Convaincre, s’appuyant sur le rapport du SIPRI l’a bien rappelé : la guerre coûte de plus en plus cher. Dans le Que sais-je ? consacré à « La guerre », Gasthon Bouthoul constatait : « si l’on se place du point de vue économique, la guerre se présente comme une sorte d’activité de luxe ».
Dans « Une guerre à 3000 milliards de dollars », Joseph E. Stiglitz stigmatise la guerre d’Irak, qui devrait peser sur le budget des États-Unis pendant cinquante ans. Pour faire face à des coûts qui deviennent exorbitants, il faudrait donc recourir à une pratique de la guerre low cost. Ainsi, en Irak, et pour la première fois dans l’histoire des opérations militaires américaines, les forces issues de sociétés militaires privées (SMP) sont plus nombreuses que les forces conventionnelles.
Cependant, même si les économies sont nécessaires, notre société post-moderne ne saurait accepter que l’on brade la sécurité de ses combattants.
Définition
L’expression anglo-saxonne low cost désigne un modèle économique inventé pendant les années 60 dans le domaine de l’aviation. Le principe : réduire les coûts, pour vendre moins cher, et plus. Près de 50 ans plus tard, le low cost est partout. Si ce modèle est parvenu à réduire significativement les coûts, il n’est pourtant pas exempt de reproches.
Certes, le low-cost originel peut représenter un modèle solide.
Il faut commencer par reconnaître que le low cost pratiqué par les compagnies aériennes européennes, ne remet pas en cause la sécurité. Dans leur rapport intitulé « le « low cost » : un levier pour le pouvoir d’achat », Charles BEIGBEDER (Président de Poweo) notait en 2007 : « Une question récurrente sur les low cost concerne la sécurité en vol. Est-il moins sûr de prendre un avion «low cost ? […] Il nous semble important de souligner que les méthodes auxquelles le low cost a recours pour bénéficier d’économies de coûts ne touchent pas à la sécurité des passagers ».
Pour autant, l’idéologie low cost brade la sécurité
En effet, dans la chasse aux économies, le concept low cost a vite mué en un dangereux avatar. Les journalistes Bruno Fay et Stéphane Reynaud ont qualifié de low cost 2.0 dans un ouvrage au titre explicite « No Low Cost » paru en novembre 2009. Pour les sceptiques, je conseille la visite du blog No Low Cost consacré à la mise en perspective de leurs théories.
Ce concept de low cost 2.0, qui leur permet de caractériser les dérives du modèle low cost originel, ne serait ni économiquement viable, ni socialement acceptable, ni écologiquement soutenable et « se traduit le plus souvent par une logique folle de réduction des coûts au détriment de la qualité des produits, des conditions de travail des salariés, des emplois, de la santé et de la sécurité des consommateurs. »

Ainsi, plus que le low cost, il faudrait en revenir à la « loganisation » de la guerre
L’expression de « loganisation » a été employée par le général Vincent Desportes dans un article intitulé Combats de demain : le futur est-il prévisible ? (d’abord paru dans Politique étrangère, /3 puis par la revue Doctrine n° 11, en mars 2007).
Constatant que « l’accroissement du coût des armements terrestres suit la courbe des coûts des équipements aériens » et que « les coûts exorbitants de la guerre moderne la rendent, sur une grande échelle, de moins en moins efficiente » le général Desportes plaide pour « mettre en œuvre de manière particulièrement volontariste l’idée de juste suffisance technologique ».
Il faut donc, selon lui, « adopter résolument ce que l’on pourrait appeler “l’esprit Logan” qui vise à fournir l’essentiel, juste l’essentiel, pour un coût maîtrisé et contenu » et « retrouver aussi “l’esprit garage”. »
A mon sens, cette plutôt cette voie de la loganisation et d’une technologie raisonnable rompant avec les dérives de la RMA (Revolution in Military Affairs) qui permettra de sortir de l’impasse budgétaire qui se profile.

Le low cost existe pourtant, il concerne les pertes humaines.
Il se manifeste dans le concept de low casualty cost. Il s’agit en effet d’éviter au maximum le coût induit par les pertes humaines, afin de ne pas perdre le soutien des opinions publiques. Pour autant, ce concept de coût humain réduit est également une dérive dangereuse, puisqu’il entraîne les chefs de guerre à poser en permanence des limites à leur action.
Ainsi, commentant l’opération Mushtarak, le colonel Michel Goya, chercheur à l’Institut de Recherches Stratégiques de l’Ecole Militaire (IRSEM) constatait que « si les troupes ne mettaient pas autant de soin à éviter des dommages collatéraux, l’affaire serait réglée en quelques jours. (…) Quoi que l’on fasse, le risque zéro n’existe pas dans une guerre qui se déroule au milieu de la population, utilisée comme bouclier par les insurgés. (« Comment éviter les “bavures” en Afghanistan ? », La Croix).

La belle utopie des guerres low-cost
La tendance à l’augmentation exponentielle des coûts oblige à faire des choix : intervenir en Afghanistan oblige à se désengager d’Irak. Se concentrer sur ces deux pays empêche de prévenir le retour des instabilités ailleurs (Somalie, Yémen, etc).
Si les guerres low cost étaient réalisables, elles auraient certainement l’effet préventif qui manque aujourd’hui aux guerres high cost, qui ne peuvent se consacrer qu’à un nombre restreint de territoires.
La culture sécuritaire et risquophobe qui prévaut aujourd’hui en Occident rend l’option low cost warfare improbable. Le poids exorbitant du refus des pertes humaines (casualty risk aversion) ne saurait accepter de transiger avec la sécurité des troupes engagées.
COMMENTAIRES
sur AGS :

SD // fév 22, 2010 at 16 h 03 min
Bonjour,“La tendance à l’augmentation exponentielle des coûts oblige à faire des choix : intervenir en Afghanistan oblige à se désengager d’Irak. Se concentrer sur ces deux pays empêche de prévenir le retour des instabilités ailleurs (Somalie, Yémen, etc).”Justement le Low cost existe aussi en Occident (les autres sont réputés ne pas avoir de moyens ce qui est faux) !Les opérations de prévention (renseignement, action, pré-positionnement de forces, formation d’armées régulières, etc.) existent et sont pratiquées tous les jours ; elles coutent moins cher que les opérations de guerre ou de stabilisation…
Au Yémen et en Somalie, Al-Qaida est “maitrisé” ou plutôt circonscrit pour quelques centaines de millions de dollars à comparer avec les dizaines de milliards de dollars annuellement dépensés en Afghanistan par les Etats-Unis. Low cost = Low media. En effet, éviter une catastrophe dans l’ombre est moins vendeur que de réagir à une catastrophe ou un attentat…
Electrosphère // fév 23, 2010 at 2 h 39 min
@ PM,
Une argumentation choc et très pertinente.
Néanmoins, par “guerre low cost“, n’entend-on pas un modèle de guerre effectivement beaucoup moins onéreux que celui envisagé pendant la guerre froide et pratiqué contre l’Irak et la Serbie ? Que fait-on de “la crise du modèle occidental de la guerre” précisément mentionnée par le Colonel Goya ?
L’usage croissant des drones et le recours moindre à l’aviation sur le théâtre afghan (comparativement aux guerres d’Irak + des Balkans) ne relève-t-il pas d’un véritable low cost voire “smart cost” (c-à-d une forme de “loganisation”) sur les plans économique, technologique et opérationnel ?
Au XXIème siècle, mener une guerre sans tenir compte des dégâts collatéraux - quand on est un état démocratique - relèverait, aux yeux de l’opinion et sur les scènes internationale et locale, d’une véritable boucherie surtout quand on pense aux moyens militaires (surtout aériens) à la disposition de l’OTAN. En plus clair : la barbarie.
Remplaçons ces populations afghanes par des populations européennes ou américaines, et aussitôt la moindre perspective d’un dégât collatéral ferait frémir tout le monde à commencer par les gouvernements et les états-majors…
Dès lors, l’OTAN peut-il se permettre d’agir à l’image d’Al-Qaïda qui se fiche éperdumment des pertes collatérales ? Quid de la cuisante défaite consécutive sur les terrains médiatique, psychologique et politique ? Quelle solution dans ce cas de figure : taper encore plus fort ? Où ? Comment ? Pourquoi ?
Enfin, en ce qui concerne la risquophobie - un tantinet plus prégnante en Europe qu’en Amérique - elle tient en quelques mots : vieillissement démographique et donc culture du repli, légereté et surtout incohérence d’une vision stratégique… ou des visions stratégiques (dans le cas européen notamment); le tout nappé de judiciarisation et de principe de précaution tous azimuts sous diverses formes.
N’ayons aucune illusion : c’est parti pour durer.
Cordialement
Frédéric // fév 28, 2010 at 19 h 57 min
Je suis d’accord avec SD
”Vaut mieux prévenir que guérir”.
D’où la priorité accrue aux renseignements accordé dans le budget US.
Virgini A (2 mars, 13H23)
très bien expliqué, soit le concept de suffisance qui est ici démontré sur le plan de l'équilibre entre la nécessaire technologie coûteuse et la nécessaire limite préventive de la technologie low cost.

dimanche 14 février 2010

Opération Mushtarak : guerre et "société du risque"

Alors que l’opération Mushtarak (en dari : ensemble, unité) se déroule dans la province d'Helmand en Afghanistan, il me paraît opportun de montrer comment la "société du risque" prend place dans les discours et pratiques militaires.
Le premier phénomène à prendre en compte par les décideurs, c'est que nos opinions, risquophobes, ne supportent plus la matérialisation des risques. Appliqué à la guerre, cela signifie qu'elles ne supportent plus les pertes au combat. Il faut donc les y préparer. C'est ce qu'a fait le ministre de la Défense britannique, comme nous le rapporte la BBC : "The defence secretary has warned of likely UK casualties as thousands of coalition troops prepare to launch a major offensive in Afghanistan."
Le ministre de la Défense, Bob Ainsworth, a ainsi déclaré :
  • que cette opération prendrait place dans un environnement dangereux et qu'elle ne pourrait pas se faire sans risque ("this is not a safe environment", " we cannot entirely make these operations risk-free")
  • qu'il fallait donc se préparer à avoir des pertes ("Of course casualties are something we have to come to expect when we're involved in these operations")
  • qu'il fallait donc s'extirper d'une culture risquophobe mais accepter les risques inhérents à la guerre ("We shouldn't deny or pretend to people that we can provide security and that casualties are not a very real risk on these kind of operations and people have to be prepared for that.")

C'est une évolution fondamentale, un changement culturel majeur, on est loin des théories du zéro risque et zéro mort qui ont conduit à des théories selon lesquelles l'usage de la force militaire pourrait être quasiment "aseptisé".

De son côté, le général James Cowan (qui commande la 11ème Brigade légère, unité majeure de la Task Force Helmand) a déclaré à ses hommes avant l'assaut :

  • que cette opération ne serait pas sans risque : "The next few days will not be without danger. To reduce the risks, you must know your enemy."
  • mais que ces risques devaient être acceptés et assumés, y compris pour réduire les pertes civiles : "Above all else protect the people. Defeat the enemy by avoiding civilian casualties. Hold your fire if there is risk to the innocent, even if this puts you in greater danger."

POUR ALLER PLUS LOIN :

Ainsworth warns of casualties in Operation Moshtarak

Operation Moshtarak begins

mercredi 10 février 2010

La citation du jour

"la quête de l’utopie d’un environnement
totalement sûr et calculable
a paradoxalement engendré
un sentiment d’insécurité radicale"
Dead Cities, Mike Davis

Je viens de découvrir cet auteur grâce à l'excellentissime blog TRANSIT-CITY / URBAN & MOBILE THINK TANK. Dans le billet WAR CITY - COMMENT MIEUX DÉTRUIRE ? , le blog revient sur un chapitre de cet ouvrage de Mike Davis.
Dans ce chapitre intitulé "Berlin's Skeleton in Utah's Closet", Mike Davis révèle la construction en 1943 d’un "village allemand" dans le désert de l’Utah, reconstitution factice des quartiers berlinois. Grâce à ce site d'expérimentation, les militaires et scientifiques alliés ont mis en œuvre des techniques de bombardement incendiaire d’une puissance dévastatrice absolue.
Je reviendrais très prochainement sur ces techniques de bombardements, qui ont occasionné de véritables "tempêtes de feu" dans les villes attaquées.
Pour aller plus loin :
"La ville se meurt", par A. Margier. : résumé du livre Dead Cities

samedi 6 février 2010

Education aux spécifictés cuturelles pachtounes pour les commandos britanniques

Dans la continuité de mon billet précédent, RETEX d’une opération d’assistance au développement : l’échec de l’ingénieur américain ROBERTS en Iran en 1953, il est rassurant de constater que les troupes envoyées en Afghanistan disposent de formations spécifiques pour appréhender les complexités de la culture aghane.


Ainsi, sur le site du ministère de la Défense britannique (MoD) on apprend, dans un article intitulé Marines and Gurkhas study Pashto and Afghan cultural mores, que :


  • les Royal Marines du 40ème régiment de commandos bénéficient d'une formation spécifique sur la culture (le pachtounwali, mode de vie traditionnel des Pachtounes) et la langue afghane (le pachto, langue indo-européenne, qui est aussi la langue diplomatique et administrative de l'Afghanistan).
  • ces formations (cultural awareness packages) ont lieu dans leur base de Taunton.
  • chaque formation dure 40 semaines
  • ces formations ont pour objectif d'améliorer la confiance réciproque entre Britanniques et Afghans par une meilleure compréhension des spécificités culturelles et des comportements plus respectueux des différences.
  • un village pachtoune a même été reproduit dans le camp pour apporter le maximum de réalisme à cette formation.

Ce type de formation rappelle celles qui avaient pu être mises en place auparavant et pose la question de l'opportunité d'une école de contre-insurrection spécialement dédiée au théatre afghan.

Rappelon qu'un Centre d’Entraînement à la Guerre Subversive (CEGS) avait été créé en 1958 en Algérie (Philippeville). Il fut commandé par BIGEARD

Pour aller plus loin :

dimanche 31 janvier 2010

Cocorico ! : l'expertise française en contre-insurrection focalise l'intérêt US


Le blog de David H. Ucko note avec intérêt la sortie du numéro 10 de la revue Sécurité Globale consacré à la Contre-insurrection.
«Sécurité globale se distingue par son approche transversale qui en fait d'ores et déjà un outil de référence sur les questions de sécurité.» "Revue de référence française consacrée aux questions de sécurité intérieure et aux enjeux sécuritaires internationaux, Sécurité globale offre une plate-forme de recherche et de débats sur des thématiques comme le terrorisme, la criminalité organisée, les crises sanitaires, la gestion des catastrophes naturelles et industrielles. Son approche se veut autant conceptuelle qu’opérationnelle, selon une logique qui vise à éclairer la globalité des enjeux de sécurité de ce XXIe siècle naissant."
Ce numéro comporte notamment les articles suivants :
  • Comprendre et gérer la complexité
  • La polémosphère
David H. Ucko est un chercher américain (Ph.D.) spécialisé dans la Contre-insurrection et les guerres civiles. Il est l'auteur de The New Counterinsurgency Era: Transforming the U.S. Military for Modern Wars (Georgetown University Press, 2009).
C'est aussi l'occasion de vous faire savoir que le blog de David H. Ucko vient de migrer vers une plateforme de bloggeurs intéressés par les questions de stratégie : Kings of War.
"Kings of War is about strategy, widely defined. The blog has a number of columns.
  • Alanbrooke is on British national security and defense.
  • Clausewitz deals with strategic theory.
  • Galula explores counterinsurgency.
  • Grant, like the U.S. general and president, is concerned with American grand strategy.
  • Mao covers insurgency and terrorism.
  • Thucydides is history.
  • Turing, as in Alan Turing, reviews cyberwar and the virtual dimension of conflict.

Bonne découverte de ces blogs et de cette revue. TRès bonne lecture !

jeudi 28 janvier 2010

Le Pentagone et Haiti

"Personne d'autre que les Etats-Unis ne peut fournir une telle assistance et nous sommes heureux de le faire.
Cela montre au monde de manière évidente que
nos forces armées n'ont pas qu'un rôle militaire ;
nous sommes aussi présents pour le bien de l'humanité et pour apporter assistance partout dans le monde à ceux qui en ont besoin."
("No one can provide the kinds of assistance we can, and we are happy to be doing it," he said. "It shows the world that obviously we are not a one-dimensional force; we are a force for good and try to provide assistance to those who need it around the world.")
Comme je vous le faisais reparquer dans mon billet du dimanche 24 janvier 2010 HAITI : POUR UNE FORCE DE REACTION HUMANITAIRE EUROPEENNE, en m'appuyant sur les propos d'Alain Frachon dans Le Monde ("seule l'armée américaine peut déplacer en 48 heures 10 000 hommes et leur matériel"), l’intervention américaine en Haiti permet de justifier l’intérêt d’avoir un outil militaire gigantesque. Seule cette giga-puissance est capable de déployer autant de moyens et autant d’hommes aussi rapidement. Eux seuls ont les capacités d’envoyer un porte-avions, un navire-hôpital et de prendre le contrôle technique d’un aéroport pour le rendre à nouveau fonctionnel.
Cette opération en Haiti permet au Pentagone de montrer ses capacités incontournables et uniques. L'armée américaine prévoit de rester 6 mois avant de laisser la main à d'autres organisations.
Le blog THE TENSION dans Pentagon: Administration Mulls Military Role in Haiti Beyond Relief rapporte les propos du service de communication du Pentagone :
"News in Balance:WASHINGTON, Jan. 27, 2010
"The U.S. government still is figuring out the details of American assistance in Haiti, Pentagon Press Secretary Geoff Morrell said here today, noting that Defense Secretary Robert M. Gates and President Barack Obama discussed the issue yesterday.
"I think that everybody would say by now that the aid is flowing in a very productive and helpful fashion," Morrell told Pentagon reporters. "But the question now becomes, now that this immediate relief has been provided, what do we want to do from here? What can we do from here?"Morrell characterized security in Haiti as "stable, but fragile," saying groups displaying unrest are a reflection that aid distribution is an ongoing challenge."We have to be mindful of the security climate there," he said. "We have to provide the kind of security that will facilitate a safe, secure flow of food, water, medicine, whatever it may be to the population."Morrell estimated that U.S. relief efforts to date have cost hundreds of millions of dollars, and said thousands of additional forces are in the pipeline to be sent to Haiti."So we envision that there will be a role for the United States military for some time to come in Haiti," he said, adding that the United States is honored to carry out a relief mission in a country it's uniquely positioned to help."No one can provide the kinds of assistance we can, and we are happy to be doing it," he said. "It shows the world that obviously we are not a one-dimensional force; we are a force for good and try to provide assistance to those who need it around the world."U.S. military assistance in Haiti likely is to continue for three to six months before yielding to international and non-government groups as they take on greater responsibility for the massive humanitarian relief effort there, the director of Defense Logistics Agency said yesterday."I think there's a commitment to continue to provide support and stay engaged until other organizations can take over the role," Navy Vice Adm. Alan Thompson told the Defense Writers Group."My sense would be that probably in the three- to six-month time period would be when there would be efforts to try to transition some of the support," the admiral said.
(Report by John J. Kruzel, American Forces Press Service.)"

mercredi 20 janvier 2010

Center for Complex Operations : un organisme consacré aux opérations complexes


En complément de mon précédent billet de ce matin (PRISM : une revue militaire consacrée aux opérations complexes), je vous recommande le site du Center for Complex Operations .

C'est l'organisme qui publie la revue PRISM. Vous pourrez y télécharger des documents intéressants. Notamment celui-ci :
La vocation de ce site est celle de la revue PRISM : préparer l'Etat américain à faire face aux opérations complexes, que sont les opérations de contre-insurrection et de stabilisation. Il s'agit donc d'unir les efforts militaires et les efforts civils pour faire face à la complexité des guerres actuelles, dont l'Irak et l'Afghanistan sont les exemples emblématiques.
Bonne lecture !

"Enhancing the U.S. Government's Ability to Prepare for Complex Operations.
The CCO will link U.S. Government education and training institutions, including related centers of excellence, lessons learned programs, and academia, to foster unity of effort in stability operations, counterinsurgency, and irregular warfare – collectively called “complex operations.” The Department of Defense, with support from the State Department and USAID, established the Center for Complex Operations (CCO) as an innovative interagency partnership. Recognizing that unity of effort across disparate government agencies, and across DoD components, requires shared intellectual and decision-making frameworks, the CCO will connect education and training programs across the government to foster a ‘whole of government’ understanding, assessment and approach to complex operations."

PRISM : une revue militaire consacrée aux opérations complexes


La National Defense University américaine (NDU) vient de mettre en ligne une revue très prometteuse : PRISM. Cette revue traite des opérations complexes auxquelles sont confrontées les forces américaines avec une approche résolument transverse ou globale (comprehensive approach). Le but, in fine, est de permettre aux militaires et civils de mieux se comprendre, de mieux comprendre les enjeux auxquels ils sont confrontés et d'améliorer leurs méthodes de gestion des crises complexes.

"PRISM is published by the National Defense University Press for the Center for Complex Operations. PRISM is a security studies journal chartered to inform members of U.S. Federal Agencies, allies, and other partners on complex and integrated national security operations; reconstruction and nation building; relevant policy and strategy; lessons learned; and developments in training and education to transform America’s security and development apparatus to meet tomorrow’s challenges better while promoting freedom today.
L'intégralité du premier numéro est disponible en ligne : Welcome to PRISM Vol. 1, No. 1
Excellente lecture !

dimanche 3 janvier 2010

La grande stratégie de l’empire byzantin

Paru en novembre 2009 sous le titre anglais “The Grand Strategy of the Byzantine Empire”, le dernier livre d’Edward Luttwak mérite notre intérêt. Il fait suite à sa précédente « grande stratégie de l’empire romain », paru initialement en 1976 et réédité en Français en 2009.

Le blog anglophone Visions of Empire en livre une analyse non moins intéressante : Lessons from Byzantium: Survival Amid Weakness and Eternal War.
A partir de la lecture d’Edward Luttwak, il montre notamment que l’empire byzantin se distingue de l’empire romain par des ressources militaires comptées et une géographie désavantageuse. De fait, l’empire byzantin ne pouvait pas se permettre de mener des guerres décisives d’attrition comme le fit l’empire romain (stratégie de coût élevé mais avec des risques très faibles).
L’empire byzantin dut au contraire recourir à une stratégie de coût limité avec des risques plus élevés. Si cet empire avait mené des guerres d’attrition, il se serait rapidement épuisé et serait tombé dans l’oubli. Sa longévité prouve la pertinence de sa stratégie :
  • La diplomatie prime sur la force militaire (c’est l’inverse dans l’empire romain).
  • Les ennemis d’aujourd’hui sont vus comme les alliés de demain. Il ne faut donc pas trop amoindrir leurs forces.
  • Les Byzantins s’appuient sur la dissuasion et achètent la tranquillité de leurs voisins.
  • Leur force militaire repose sur une cavalerie apte à mener des raids sans détruire complètement l’ennemi. (L’armée romaine repose sur une infanterie d’attrition).
  • Le renseignement est capital : afin de connaître et d’exploiter les faiblesses de l’ennemi, mais surtout pour savoir quelle est le niveau des forces ennemies. Dans une logique de moyens restreints, le stratège byzantin ne peut risquer de livrer un combat de rencontre trop hasardeux.
  • Cette stratégie d’évitement ne permet pas de produire des résultats rapides (comme la destruction de l’ennemi). Le risque représenté par l’ennemi est géré à travers une stratégie de long terme qui vise à réduire graduellement ses sources de puissance.

Il s’agit, en fin de compte, de gérer et mitiger les risques, plutôt que de les éliminer définitivement, car, les Byzantins l’avaient bien compris, le risque zéro n’existe pas et tout stratégie outrancière comporte ses effets boomerang.

The genius of Byzantine grand strategy was to turn the very multiplicity of enemies to advantage, by employing diplomacy, deception, payoffs, and religious conversion to induce them to fight one another instead of fighting the empire. In the Byzantine scheme of things, military strength was subordinated to diplomacy instead of the other way around, and used mostly to contain, punish, or intimidate rather than to attack or defend in full force”. (The Grand Strategy of the Byzantine Empire p. 415)

lundi 30 novembre 2009

Le prix Edmond Fréville-Pierre Messmer 2009 à Michel Goya

Le prix Edmond Fréville-Pierre Messmer 2009 à Michel Goya

Le prix Edmond Fréville-Pierre Messmer 2009 de l’Académie des Sciences morales et politiques a été décerné à Michel Goya
A cette occasion, le site canal académie propose une interview du lauréat pour son livre sur les armées en Irak (paru aux éditions Economica et intitulé : Irak - Les armées du chaos) : l'analyse du colonel Michel Goya permet de mieux appréhender bien des éléments qui pèsent lourd dans la situation en Irak.

"L’interview permet au Colonel Goya de préciser son analyse sur quelques points essentiels :

- jugement très négatif porté sur la décision américaine de démobiliser massivement l’armée irakienne. Sans elle, le chaos aurait pu être évité ou tout au moins aurait-il eu moins d’ampleur.
- S’agissant de la coalition présente en Irak, le colonel Goya en souligne le déséquilibre - en faveur des américains. Sur les quelques 160.000 hommes que comptait la coalition au début, 130.000 appartenaient, en effet à l’US Army, les 26.000 autres relevant de 41 pays différents, déployés au sud, dans la zone chiite.
- L’auteur confirme également les capacités d’adaptation dont l’armée US a fait preuve au cours des six années
- Enfin, sur le plan des moyens, il rappelle l’importance accordée par les américains à l’externalisation (160.000 hommes dont la moitié d’Irakiens engagés dans des sociétés militaires privées !) et souligne les efforts entrepris pour gagner la "bataille de la route", à savoir la lutte contre les mines, bataille technologique... coûteuse.

L’entretien se termine par un parallèle entre les évènements d’Irak et ceux qui se déroulent actuellement en Afghanistan tandis que l’auteur confirme que s’il devait la réécrire aujourd’hui, sa conclusion sur l’Irak serait aussi pessimiste que celle figurant dans son livre.

L'interview à écouter en cliquant ICI.

mercredi 18 novembre 2009

Quand le Sénat se fout de l'Afghanistan

« Le Sénat français se fout de la guerre en Afghanistan »
Dans un article au vitriol mais plutôt bien vu et dans la continuité de ce que je souhaite démontrer, Jean-Michel APHATIE revient sur le peu de sénateurs présents à ce débat. Je cite certains extraits :
"Le sujet n’a rassemblé qu’une vingtaines d’élus, à égalité de présence entre la majorité de droite et l’opposition de gauche. [...]
Un débat sur l’Afghanistan n’intéresse pas les sénateurs. On peut ben parler de l’engagement de la France dans des opérations militaires, donc de la guerre et de la paix, de la vie et de la mort, il ne se trouve que 20 sénateurs sur 343, soit exactement 5,83% des membres de cette chambre pour assister au débat.
Ce constat est navrant, consternant, stupéfiant. [...]
au moins, les parlementaires eux mêmes ne pourraient-ils pas faire preuve de sens civique ?
Il y a dans cet absentéisme l’expression d’un je m’en foutisme, et aussi l’aveu d’une échelle de valeurs"
Une fois encore : le débat sur l'identité nationale n'a de sens que si l'on sait pourquoi on a tant besoin de cette idée. La nation a besoin de cette identité pour être plus robuste, plus soudée, plus forte face aux risques et menaces.
Définir l'identité nationale sans lien avec l'esprit de défense et les notions de civisme me semble incohérent. Et pour resituer tout ceci dans la vocation de mon blog, je dirais qu'il y a là une véritable dissonance, un "déficit systémique cyndinogène" (d'après la terminologie des cindyniques), puisque les arguments développés sont éloignés du but à atteindre.

DEBAT AU SENAT SUR LA PRESENCE FRANCAISE EN AFGHANISTAN (le "compte rendu analytique")

Sénat : SÉANCE du lundi 16 novembre 2009 : Engagement de la France en Afghanistan

lundi 9 novembre 2009

Résilience militaire


Le site de la DGA précise :
"La résilience vise à rendre plus robustes les systèmes, les hommes et les organisations pour donner, comme il est demandé dans le Livre blanc de la Défense et de la sécurité, « la capacité aux pouvoirs publics et à la société française de répondre à une crise majeure et de rétablir rapidement leur fonctionnement normal ».
C'est l'occasion de visionner une interview de Boris Cyrulnik, qui définit simplement et en quelques mots ce concept de résilience.

lundi 2 novembre 2009

FALLUJAH - IL Y A DEJA 5 ANS !

Les éditions NIMROD publient avant la mi-novembre Fallouja ! de David Bellavia.
Comme l'éditeur le reconnaît sur le blog de Nimrod : "Il sera disponible en librairie (si je ne me suis pas trompé dans mes calculs) au plus tard mi novembre, pour le 5e anniversaire de la bataille de Fallouja."
L'éditeur ajoute : "Il s'agit d'un témoignage très fort sur une section de GI, ce qui nous change un peu des Forces spéciales. L'angle éditorial est toujours le même : un témoignage terrain, une expérience vécue, et pas un essai littéraire sur le devenir de l'armée au XXIIe siècle. Honnêtement, c'est du lourd, et j'espère que vous aurez plaisir à le découvrir - en attendant que nous puissions publier le même type de témoignage, mais version française (ce qui prend un peu de temps...)."

Voici la présentation officielle sur le site de Nimrod éditions :

"Dans la nuit du 6 au 7 novembre 2004, les forces américaines et irakiennes donnent l’assaut au bastion islamiste de Fallouja, une ville de près de 300 000 habitants située à une soixantaine de kilomètres de Bagdad, au cœur du triangle sunnite baassiste.Prévenus à l’avance de l’offensive américaine, les trois quarts des habitants ont fui la ville, mais plus de 3 000 combattants islamistes de différentes nationalités ont décidé de s’y retrancher et de faire de Fallouja une forteresse imprenable. Fanatiques et prêts à se battre jusqu’à la mort, ils ont transformé la « cité des Mosquées » en un labyrinthe létal : voitures piégées, rues minées, souricières, bâtiments barricadés, snipers en embuscade… Tandis que les hommes de la section d’infanterie mécanisée du sergent-chef Bellavia attendent d’investir la ville, appuyés par leurs chenillés Bradley et leurs chars Abrams, ils ne savent pas encore qu’ils vont passer près de trois semaines à combattre un ennemi invisible et déchaîné."
Nul doute que de nombreux billets consacrés à Falloujah seront publiés sur la blogosphère de Défense cette semaine.

Voir aussi :
Battle for Fallujah : David Bellavia sur Youtube
l’ouvrage du CDEF : les fantômes furieux de Falloujah
l'article de SD sur le jeu vidéo tiré de cette bataille : Six days in Fallujah : mélange des genres ?

jeudi 15 octobre 2009

un sous-officier de l'armée américaine décède de la grippe A H1N1

A lire sur le blog The Tension : un sous-officier de l'armée de l'air US est décédé le 4 octobre 2009 des suites de complications médicales après avoir contracté le virus de la grippe A H1N1.
A l'heure où le format des armées est de plus en plus réduit, ce décès pose la question d'une vaccination prioritaire de certains corps essentiels à la survie de l'Etat : les professionnels de santé, les secours d'urgence, les forces de police et les armées, notamment.
Peu d'articles paru dans la presse à grande audience ce sont intéressés à cet épineux problème éthique : pour la survie de la cité, qui doit-être prioritaire ?
Autre question à résoudre : si la pandémie frappe de plein fouet le pays, les missions de Défense à l'étranger (opérations extérieures) doivent-elles être maintenues ?
Le plan gouvernemental pandémie semble avoir tranché puisqu'il énonce dans le chapitre "Priorités particulières" relatives à la Défense :
"missions de continuité de l’action gouvernementale pour la préservation des fonctions militaires stratégiques ; missions de coopération civilo-militaire dans les domaines de la continuité gouvernementale, de la contribution à la sécurité et de l’assistance à lapopulation."
Rappel du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale (paru en 2008) :
"La protection et l’intervention doivent permettre à l’État, la première, d’assurer sur le territoire national la sécurité des citoyens, de la société et de la vie économique, la seconde, de donner à la sécurité nationale, en étroite coordination avec nos partenaires européens et nos Alliés, la profondeur, la capacité d’adaptation et la mobilité nécessaires à toute stratégie de défense dans le monde du XXIe siècle."
Pour assurer cette préservation de la fonction "intervention", les militaires en opérations extérieures seraient vraissemblablement maintenus sur leur théâtre d'opération, tandis qu'une capacité d'intervention face à d'autres crises extérieures serait également préservée et ajustée selon la situation nationale, comme le déclare le plan pandémie en page 83 :
"Le ministre de la défense concourt à la préparation du dispositif national et prend toutes mesures nécessaires pour préserver les fonctions militaires stratégiques et, en situation de pandémie, pour permettre le concours des armées aux missions de défense civile dans la limite des effectifs rendus disponibles par le fonctionnement en mode dégradé du ministère et l’attrition due à la pandémie."

mardi 29 septembre 2009

AFGHANISTAN : PREVENTION DES RISQUES DUS AUX ENGINS EXPLOSIFS IMPROVISES (IED)

Les premiers engins résistants aux attaques IED (Improvised Explosive Device) viennent d'être déployés en Afghanistan au profit de l'armée américaine.
Ceci, seulement 3 mois après avoir été commandés !
Cet engin, le M-ATV (Mine resistant, ambush-protected, All-Terrain Vehicle) bénéficie des qualités suivantes :
- mobilité
- caisse en forme de V, permettant de dévier l'effet de l'explosion
- capacité reconnue à diminuer le nombre de victimes de "roadside bombs"

Le cahier des charges, résultant d'un programme réalisé dans l'urgence ("crash programm"), visait à fournir aux forces armées un véhicule plus petit (que le Humvee), mieux manoeuvrable et à capacité tout-terrain. Au final, un véhicule transport de troupes véritablement adapté au terrain afghan.
Cet engin transportera 5 soldats.
Les forces américaines en ont commandé 4 300.


"Nous avons grillé tous les feux rouges pour déployer ces engins sur le théatre d'opérations. Nous faisons le maximum pour nous assurer de leur fiabilité, de l'exhaustivité de l'estimation des risques et de leur déploiement effectif en Afghanistan" déclarait ainsi le Général Michael M. Brogan, officier de marque pour ce programme et commandant le Marine Corps Systems Command.
("We have pulled out all the stops to collapse the schedule and get these vehicles into theater. We are doing everything that's required to ensure that they are safe, that the risk assessments are complete, [and] that they're fully integrated and flown into Afghanistan.").

Voir également :
et

lundi 14 septembre 2009

retour sur mon post : "AFGHANISTAN : CATASTROPHE EXAGEREE ?"

Dans un billet précédent, je souhaitais faire part de mon étonnement face au déchaînement médiatique clamant à la bavure.
Le Monde publie aujourd'hui les résultats de l'enquête officielle, qui relativise encore les faits, cette fois en faisant revenir la balance du côté de la "bavure" :
L'attaque sur les 2 camions citernes volés par les talibans aurait causé la mort de 69 talibans (contre 48 dans mon post précédent) et de 30 civils (sans préciser s'il s'agissait d'enfants ; contre seulement 6 dans mon billet précédent).
Le Monde cite également le ministre de la défense allemand qui avait justifié cette frappe le 5 septembre : les talibans comptaient utiliser les camions-citernes pour "lancer une attaque contre nos soldats à Kunduz". "Il y aurait eu d'horribles conséquences pour nos soldats. C'est pourquoi, à mon sens, le responsable militaire a pris la bonne décision", a-t-il ajouté.
Cet événement pose la question des renseignements acquis avant de décider la frappe : comment n'a-t-on pas pu s'apercevoir que les camions étaient entourés de villageois nombreux faisant la noria pour en vider l'essence?
Néanmoins, il faut reconnaître que l'on reste loin d'une frappe qui n'aurait tué que des civils ; qu'un seul des camions était enlisé, et que la forte présence de talibans souligne l'importance que cette opération avait à leurs yeux.

vendredi 11 septembre 2009

imaginer les risques terroristes

En ce 11 septembre, je ne résiste pas à vous livrer ce passage du livre de Mikkel Vedby Rasmussen, The Risk Society at War (pp. 66-67) : Après l'attentat au sarin dans le métro de Tokyo (1995), Clinton fait lire à ses conseillers en matière de lutte anti-terroriste les fictions existantes sur le sujet (et notamment les ouvrages de Tom Clancy). Cette démarche est rapprochée par l'auteur de celle des compagnies d'assurances qui envisagent et imaginent les risques (risk profiling) avant de fixer le coût des polices d'assurance permettant d'y faire face. Dans le cas du terrorisme, il s'agit de débrider l'imagination pour penser le pire afin d'élaborer les politiques de luttes anti-terroriste permettant d'y faire face. Cette anecdote montre bien comment une analyse rationnelle reste insuffisante pour appréhender le terrorisme. Selon l'auteur, la planification militaire s'apparentrait désormais à de la science fiction, afin de se préparer à affronter un ennemi qui n'existe pas encore, mais dont on peut déjà anticiper les modes d'action ...
Sans porter de jugement sur les politiques de lutte contre le terrorisme qui ont pu être depuis développées, cette citation me paraît intéressante pour souligner qu'en matière de gestion des risques, il faut aussi savoir faire preuve de créativité et d'imagination pour sortir des idées les plus communément admises, penser l'inconcevable et comme le dit Patrick Lagadec penser hors des cadres ("thinking out of the box").
Voici l'extrait :
"The need to imagine what might happen is even more pivotal when it comes to assessing what one's enemy might be up to. Following a Japanese cult's attack on passengers in the Tokyo subway with chemical weapons in 1995, President Clinton turned to the fiction of Tom Clancy and other popular novelits in order to think through what might happen if the United States was subjected to a similar attack, and he sent the books to his anti-terrorist team for comments. No doubt a lot people with PhDs in international security or strategy will look down their noses when people in high office use popular fiction as the basis for policy, but in the context of "risk society" it actually makes a lot of sense.
In a series of bestselling novels, Tom Clancy has made standard national security scenarios come to life by placing them in a narrative form. A Clancy novel is basically a RAND report written in the style of a thriller. Though his book is not science fiction in the strict sense, Clancy has used Stealth bombers, Predators drones and other new military technologies in his books before they became fully operational or widely known to the public. Thus the narrative of the novel provides a possibility to see how the use of RMA technology will play out, just as Clancy's scenarios for a terrorist attack on the US with nuclear or chemical weapons served as a way to show President Clinton what could happen. Clancy's novels are what Giddens describes as "risk profiling", which is what insurance companies undertake to calculate the odds on a house burning down as a basis for pricing an insurance policy. Luckily chemical attacks on civilians are a lot less common than houses burning down, but for this very reason the risk profiling of such events is all the harder. Fiction is one way of making up all the data.
Fiction makes possible future real in a way the more dry narratives of intelligence service and military planners cannot. [...] In Ulrich Beck's words, the future becomes a "real virtuality". From that point of view, defence planning in the US, and increasingly in other NATO countries as well, is now science fiction. [...] This approach focuses on how an adversary might fight rather than who that adversary might be or where he might want to engage the battle".